02.10.2009
A voir en urgence
Au théâtre du Rond-Point, il se passe toujours quelque chose. Depuis le 16 septembre, on peut y aller mourir de rire. A condition de choisir parmi les différents spectacles, celui joué à la petite salle Roland Topor, Crepapelle, ou Comment mourir de rire.
En italien, crepapelle signifie, dans le langage commun, rire tellement fort que la peau du visage finit par craquer. Pour Maria Cassi, italienne de Florence, auteure, metteure en scène et interprète, figure du théâtre comique italien, ce craquement de la peau se réfère à la transformation du visage qui évolue avec les nombreux masques empruntés au cours du spectacle.
Le one woman show de Maria Cassi est tout à fait original par rapport à ce qui se fait en France. Elle ne cherche pas à conquérir son public avec les histoires salaces de Berlusconi. Elle est elle-même un phénomène théâtrale, avec sur le plateau, une liberté personnelle totale. Son spectacle est une vraie partition musicale, écrite et improvisée, selon les soirs et le public, qui met en jeu le corps et l’esprit ; une symphonie d’émotions d’où aucun spectateur ne peut s’échapper. La thématique ? En 1 heure 25, un happening autour de son attachement à Paris, avec l’ironie subtile d’une amoureuse.
A voir d’urgence. Jusqu’au 17 octobre, à 20h30 et le dimanche à 15h30. Théâtre du Rond-Point, 2bis avenue Franklin-Roosevelt, 75008
12:06 Publié dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : maryse wolinski, littérature, journalisme
09.02.2008
Penthésilée : Foudre d’amour
Choisit-on d’aimer ? L’amour comme le désir s’abattent sur nous comme les virus les plus dangereux. Je ne partage pas l’idée de Julien Gracq, pour lequel j’ai toujours eu une grande admiration, de déclarer dans une sublime préface à l’œuvre de Heinrich von Kleist, Penthésilée, que cette pièce ne signifie rien avec précision et que "l’on perdrait son temps à cerner son message". Kleist s’affronte, ici, au drame de cette foudre d’amour. Qu’advient-il lorsque l’on tombe amoureux ? Que pouvons-nous faire par amour et peut-on mourir d’amour ?
Chez Kleist, c’est Achille qui meurt d’amour. Dans la mythologie rapportée par Homère, c’est Penthésilée. Insolite audace de l’auteur allemand. Ce qui fait, pour moi, que le chef d’œuvre de Kleist est des plus contemporains, même s’il a été écrit en plein dix-neuvième siècle romantique.
Qui est Penthésilée ? La toute jeune reine des Amazones, ces femmes qui ont fondé un état de femmes et érigé des lois les protégeant des hommes, après avoir été envahies par l’armée du roi éthiopien Vexoris, avoir vu exterminer leurs hommes, avoir été elles-mêmes violées. Pour maîtriser la puissance de l’arc, elles ont mutilé leur sein droit. Mythe sublime.
Sur fond de guerre de Troie, le champ de bataille oppose les Grecs aux Troyens. Les Amazones, elles, préparent « la fête sacrée des roses », celle où, après avoir capturé les guerriers les plus valeureux, elles pourront se reproduire, avec toutefois l’interdiction et de les choisir et de tomber amoureuses. C’est justement sur le champ de bataille que Penthésilée, l’arc bandé, rencontre Achille. Tandis qu’ils combattent, tous deux sont assiégés par une passion folle qui ne doit pas rester impossible. Le vainqueur est Achille, ce que Penthésilée ne peut savoir, s’étant évanouie après une chute de cheval. Déesse mais aussi femme en conflit avec elle-même, Penthésilée veut aimer sans remettre en question les règles des Amazones. Elle veut Achille, elle ne se regardera pas souffrir, elle l’aura. De son côté, Achille, atteint par une rafale de passion, joue le captif, et ira, lui aussi, jusqu’où son cœur le conduira. Envers et contre leurs camps respectifs, les deux amants ont soif d’absolu. Le champ de bataille est tel un lit bouleversé où se joue le duel inexpiable de l’amour. Quand Penthésilée découvre la supercherie d’Achille, elle le tue. La mort devient amie de l’amour. Elle sera délivrance. Les sentiments amoureux ne sont que tourments.
Le texte magnifique de Kleist, qui dit beaucoup de son auteur dont on sait qu’il tua la femme aimée avant de se suicider, traduit ici par Ruth Orthmann et Eloi Recoing, est servi par les acteurs généreux de la Comédie française. Léonie Simaga joue une Penthésilée en proie à une délirante et déchirante passion. Juste à mon goût, un peu trop mélo, mais néanmoins, elle sait entraîner le spectateur dans ce que Gracq a qualifié « d’immense coucher de soleil sanglant ».
Penthésilée, à la Comédie Française, salle Richelieu, jusqu’au 1er juin.
23:50 Publié dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Théâtre, Comédie Française, Maryse Wolinski, littérature, journalisme, culture
17.10.2007
Monologue in La femme rompue
Au théâtre de l’Atelier, dans un monologue sans concession, un tandem étonnant : Simone de Beauvoir et Evelyne Bouix.
Monologue in La femme rompue
« J’avais récemment reçu les confidences de plusieurs femmes d’une quarantaine d’années que leurs maris venaient de quitter pour une raison ou une autre…, a écrit Simone de Beauvoir. Elles ne comprenaient rien à ce qui leur arrivait, les conduites de leurs maris leur paraissaient contradictoires et aberrantes, leur rivale indigne de son amour : leur univers s’écroulait, elles finissaient par ne plus savoir qui elles étaient… Elles se débattaient dans l’ignorance et l’idée m’est venue de donner à voir leur nuit… »
1h30 inoubliable. Un soir de 1er de l’An, tandis que le commun des mortels fait la fête, Murielle, abandonnée de tous : sa fille suicidée, son petit garçon à la garde du père, sa mère désespérément irrécupérable, ses hommes envolés et le monde qui la condamne, dit sa révolte d’une vie opaque et d’une dérive sans fin.
Un texte hors norme d’une Simone de Beauvoir émouvante et douée d’un humour féroce.
Un jeu magnifique d’une Evelyne Bouix bouleversante, s’investissant d’une voix « racaille » dans ce rôle de Murielle, une femme finalement qui croyant résister à tous, ne résiste qu’à elle-même.
À ne pas manquer , jusqu'au 1er novembre, à 19h, au théâtre de l’Atelier place Charles Dullin 75018 Paris.
14:00 Publié dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Théâtre, Simone de Beauvoir, Féminisme, Histoire, Maryse Wolinski













