05.03.2008
Les mots du passé d’Annie Ernaux
Tous les journaux vous en ont parlé, mais j’ajouterai tout de même ma pierre à cet édifice que représente le dernier livre de l’auteur de Passion simple.
Les Années, ainsi Annie Ernaux a-t-elle intitulé ce livre, ne racontent pas. Elles donnent la couleur du temps qui a passé. Retour sur l’enfance, la sienne et celle de ses contemporains. Pas de « je », mais des « on », des « nous » et de temps en temps des « elle ». C’est la grande réussite du livre : ce passage du collectif au particulier, ou le contraire, de la vie de la petite Annie, petite fille des années 50, redécouverte par des photos sépia, à celle des hommes et des femmes, des enfants, de ce monde qui tourne autour d’elle et qui bouillonne, bouscule.
En ethnologue, elle a cherché à remonter le temps. Inventaire, parfois ennuyeux, (osons le dire) de découvertes et de révolutions : de la télévision et du réfrigérateur à tous ces objets de consommation qui ne cessent de prendre le pouvoir, en passant par la pilule contraceptive. La liberté enfin trouvée mais qui sème la peur. Et toujours, comme pour rythmer le récit, ou plutôt la vie, ce retour sur les scènes de famille. Les parents rassemblés autour de la table avec toujours les mêmes conversations, les mêmes attitudes, les mêmes colères, les mêmes plats, les mêmes vins. Une petite fille regarde et écoute mais elle sait déjà qu’elle n’est qu’une étrangère.
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15.01.2008
Émilie Devienne, Être femme sans être mère
Émilie Devienne, Être femme sans être mère : Le choix de ne pas avoir d'enfant, éd. Robert Laffont, 18 euros
Voici un livre qui mérite que nous nous y attardons.
Aujourd’hui, la volonté de ne pas avoir d’enfant s’affiche plus librement et de façon plus massive, allant à l’encontre d’une autre tendance forte qui consiste à vouloir un enfant à tout prix. Une Anglaise sur quatre déclare ne pas vouloir d’enfant ; 7% des Canadiens de vingt à trente-quatre ans n’ont pas l’intention d’en avoir ; aux États-Unis, on parle de quatorze millions d’Américains qui refuseraient d’être parents ; la France non plus n’échappe pas à ce phénomène…
Émilie Devienne, elle-même sans enfants, a enquêté sur les motivations profondes de celles qui décident qu’il est possible d’être femme sans être mère et de s’inscrire autrement dans la lignée humaine. Pourquoi et comment ces femmes échappent-elles au désir d’enfant? Comment réagissent leurs partenaires et en quoi ce choix transforme-t-il leur rapport aux autres ? Que cherchent-elles? Comment affirment-elles leur droit à la différence ?
Revendiquant leur choix, malgré la pression sociale et familiale, ces femmes nous rappellent qu’on ne peut déduire le désir d’enfant à une question d’instinct et d’horloge biologique.
Elles ne sont pas égoïstes, immatures, ou noyées dans leurs problèmes… qu’elles aient décidé de privilégier leur carrière ou de ne pas prendre le risque de fragiliser leur histoire d’amour, qu’elles considèrent l’avenir comme trop incertain ou qu’elles aspirent à un autre équilibre, leur décision est mûrement réfléchie et assumée.
Personnellement, j’ai choisi un autre projet de vie en mettant au monde un enfant. Projet à côté duquel j’aurais pu passer si je n’avais pas trouvé dans ma corbeille de mariage deux petites filles à élever. L’expérience m’a paru si enrichissante que j’ai décidé de faire un enfant, moi qui avais décidé de faire carrière... Mère et belle-mère à la fois. Une alchimie vacillante qui a connu ses moments de gloire mais aussi ses grands désespoirs.
Voir l’article de Martin Winckler sur ce sujet, cliquez ici !
Lire l’article du NouvelObs sur « Un modèle d’un autre âge » en cliquant là !
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11.01.2008
Per Olov Enquist, Blanche & Marie
Per Olov Enquist, Blanche & Marie, éd. Actes Sud, janvier 2006, 20 euros
Le livre a été publié il y a deux années, il n’était certes pas passé inaperçu, étant donné le talent de son auteur mais je n’avais pas eu l’occasion, le temps, l’opportunité… Travaillant sur mon prochain roman, en fait une biographie romancée, je me suis intéressée au travail réalisé par Enquist. Expérience très enrichissante. Alors, un conseil : ne passez pas à côté de ce livre : Blanche et Marie.
Nous sommes au début du XXéme siècle, entre l’hôpital de la Salpétrière où officie le professeur Charcot, grand spécialiste de l’hystérie des femmes, et le hangar qui sert de laboratoire à Marie Curie, déjà détentrice d’un premier prix Nobel. Blanche Wittman, célèbre patiente de Charcot, immortalisée par le tableau d’André Brouillet, la montrant en crise au cours d’une présentation publique de Charcot, sert de lien entre les personnages qui vont se croiser et fait monter la tension émotionnelle par ses propos ou ses écrits.
Justement, ces fameux propos et ces écrits, comme Le Livre des questions ou les Carnets, ont-ils existé ? Blanche a-t-elle été l’assistante de Marie ou encore a-t-elle assassiné Charcot, comme elle le prétend ? En fait, les réponses à ces questions ne nous intéressent pas. Le projet du roman n’est pas là, même s’il s’appuie sur des faits de l’Histoire et notamment le travail de Charcot à la Salpétrière, les découvertes de Marie Curie ou ses relations amoureuses avec Paul Langevin. Le projet est ailleurs, glissant de Blanche à Marie, deux femmes entre passion et recherche, surfant sur des sources historiques pointues en cherchant toujours à s’en éloigner, pour mieux entraîner le lecteur dans un vertige sans limite pour dire avant tout la nature de l’amour, tout aussi dangereuse, voire mortelle, que la matière radioactive qui brûle les mains de Marie.
Enquist, romancier, essayiste, dramaturge, auteur de plus d’une vingtaine de livres et autant de nouvelles et de pièces de théâtre, a réussi là, avec grand talent, une sorte de biographie romancée très originale, un livre qui ne se contente pas de raconter, mais qui cherche avant tout à pénétrer les âmes.
07:05 Publié dans Le livre de la semaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Maryse Wolinski, actualités, édition, maison d'édition, journalisme, écriture
13.12.2007
Belle-Soeur de Patrick Besson
Dans ce que l’on appelle « la rentrée littéraire de l’automne », un roman a particulièrement retenu mon attention, même si les critiques en ont finalement assez peu parlé, sinon quelques amis de l’auteur. Il s’agit de Belle-soeur (Fayard).
Patrick Besson, l’auteur, est un écrivain très doué, surdoué même. La plume facile, légère, désinvolte, incisive voire cruelle. Il suffit de lire dix lignes de Patrick Besson pour savoir qu’il est un écrivain, un vrai. Mais sa légèreté et sa désinvolture agacent ceux qui ne peuvent être que lourds et ennuyeux, quant à sa soi-disant cruauté, elle exaspère ceux qu’il écorche certes, mais aussi ceux qui l’envient de trouver toujours d’emblée le mot qui va droit au but et frappe. Il faut dire que Besson, chroniqueur tous azimuts et toutes tendances, n’aide pas vraiment Besson, écrivain talentueux et maudit.
Bref, Belle-soeur est un de ses romans les plus réussis. Pour les rares qui en ont parlé, c’est l’histoire de deux hommes et une femme. Schéma ultra classique. Pour moi, c’est surtout l’histoire d’un fils en manque d’amour maternel. Passé au second plan dans le cœur d’une mère, Gilles, le fils aîné, journaliste « art de vivre », ne s’en remet pas. Quand Fabien, le frère bien aimé, acteur célèbre et people, lui présente Annabel, sa future épouse, il ne pense plus qu’à lui ravir. Parce qu’il la désire ? Oui, mais pas seulement. La vraie conquête qu’ambitionne Gilles, c’est Catherine, leur mère à la beauté finissante. « J’ai regardé le temps passer sur Catherine, espérant qu’en détruisant sa beauté, les années réchaufferaient son cœur, notamment envers moi. » On ne guérit pas du désamour.
Mais Gilles insiste, partage le lit d’Annabel tandis que Sophie, la dernière fille séduite par lui, partagera celui de Fabien. Gilles croit qu’il ne pourra plus se passer d’Annabel, en fait c’est de Fabien dont il ne pourra plus se passer. Et quand le drame éclate, (il couvait depuis le début), et que Fabien se tue à moto, il prend encore plus de place.
Tragique ? Pas vraiment sous la plume irrévérencieuse de Besson et sons sens inimitable de la dérision.
Belle-Soeur de Patrick Besson, édition Fayard, août 2007, 230 pages. 17 euros
18:35 Publié dans Le livre de la semaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Roman, littérature, Maryse Wolinski, Patrick Besson, édition, éditeur, journalisme
17.10.2007
La Part obscure de nous-mêmes...
La Part obscure de nous-mêmes, Une histoire des pervers, de Elisabeth Roudinesco, éd. Albin Michel, octobre 2007.
Plus en historienne qu’en psychanalyste, Elizabeth Roudinesco raconte une histoire de la perversion en Occident.
"Est réputé pervers, depuis l’apparition du mot au Moyen Âge, celui qui jouit du mal et de la destruction (de soi ou de l’autre). Mais si l’expérience de la perversion est universelle, chaque époque la considère et la traite à sa façon. L’histoire des pervers en Occident est ici racontée à travers ses grandes figures emblématiques, depuis le Moyen Âge (Gilles de Rais, les mystiques, les flagellants) jusqu’à nos jours (le nazisme au XXe siècle, les types complémentaires du pédophile et du terroriste aujourd’hui), en passant par le XVIIIe siècle (Sade) et le XIXe (l’enfant masturbateur, l’homosexuel( le), la femme hystérique). Notre époque, qui croit de moins en moins à l’émancipation par l’exercice de la liberté humaine, et pas davantage au fait que chacun d’entre nous recèle sa part obscure, feint de supposer que la science nous permettra bientôt d’en finir avec la perversion. Mais qui ne voit qu’en prétendant éradiquer le mal, dans un geste d’abolition définitive, nous prenons le risque de détruire l’idée d’une possible distinction entre le bien et le mal, qui est au fondement même de la civilisation ? "
La Part obscure de nous-mêmes, Une histoire des pervers, de Elisabeth Roudinesco, éd. Albin Michel, octobre 2007, 18.00 € - 240 pages - ISBN : 222617902X
19:05 Publié dans Le livre de la semaine | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Elisabeth Roudinesco, Psychanlyse, Histoire, Femme







