02.11.2009

Une femme à la tête de l’Unesco

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Il aura fallu cinq tours de scrutin, le 22 septembre dernier, pour que Irina Bokova soit élue directrice générale de l’Unesco. Une victoire historique : elle sera la première femme à diriger cette grande institution, partenaire de Femmes 3000, au cours de ces dernières années. Un partenariat que nous souhaitons renouvelé. Elle sera aussi la première directrice originaire de l’Europe orientale.

Irina Bokova occupait, depuis 2005, le poste d’ambassadeur de Bulgarie en France et auprès de l’Unesco. Elle connaît donc bien et la France et l’Unesco. Agée de 57 ans, cette mère de famille, polyglotte, a devant elle un vaste chantier à sa mesure : de la création de nouveaux programmes d’éducation à la sauvegarde d’un patrimoine trop souvent menacé, en passant par la défense d’une véritable liberté d’expression.

Au temps de la dictature communiste, la nouvelle directrice de l’Unesco a bénéficié d’une formation très privilégiée, grâce à son père, personnage important du Parti Communiste Bulgare. Après des études secondaires en anglais, elle a intégré le célèbre institut des relations internationales de Moscou. Véritable pépinière de talents. Une fois diplômée, dès les années 80, elle est nommée conseillère aux Nations Unies. Commence pour elle une carrière internationale, suivie dans la foulée de la chute du mur de Berlin, d’une carrière politique.

« Je n’ai jamais cru au conflit des civilisations, » a-t-elle affirmé, lors de son élection. Son objectif : construire un nouvel humanisme dans un contexte de dialogue et de tolérance. Bon vent, Madame Bokova !

29.05.2009

Ngozi Okonjo-Iweala, une lutteuse pour l'Afrique

h_9_ill_1186368_9aa4_iw.jpgIl faut sauver l'Afrique. Le G20 et la Banque mondiale l'ont répété, le 26 et le 27 avril à Washington, tant est grand le risque de voir, sous l'effet de la crise, basculer 6 millions d'Africains dans la très grande pauvreté (1,25 dollar par jour). Ngozi Okonjo-Iweala est l'un des hérauts de ce combat pour le développement.

Avec son boubou bigarré et sa coiffe crânement portée, on prendrait ce bout de femme pour une de ces mamas africaines qui, de Dakar à Dar Es Salam, sont les vraies divinités des foyers. Les petites lunettes d'intellectuelle derrière lesquelles pétillent ses yeux de jais laissent deviner qu'elle appartient à un univers infiniment plus complexe. A 54 ans, cette Nigériane francophone occupe le poste de directrice générale de la Banque mondiale depuis un an et demi. Elle est l'une des deux femmes les plus influentes d'Afrique, l'autre étant la présidente du Liberia, Ellen Johnson-Sirleaf.

Née dans le delta du Niger d'une professeur de sociologie et d'un professeur d'économie, elle a développé un acharnement au travail qui lui a fait décrocher sans coup férir les diplômes des universités américaines Harvard et du Massachusetts Institute of Technology (MIT).

Elle entre à la Banque mondiale en 1982, et affirme sa prédilection pour le terrain. Pour aider les pays de la zone franc sortant d'une dévaluation traumatisante, pour relever le Rwanda exsangue, pour développer l'agriculture au Moyen-Orient, elle n'hésite pas à faire des centaines de kilomètres de piste. "Ce n'est pas quelqu'un qui se réfugie dans les Hilton, souligne Olivier Lafourcade, l'un de ses supérieurs d'alors. Au fin fond du Congo, elle vient s'assurer que les projets financés par la Banque sont menés à bien. Elle est en empathie avec le milieu rural."

Elle devient secrétaire du conseil d'administration de la Banque au temps de la présidence de James Wolfensohn. "Un boulot infernal ! explique Pierre Duquesne, ancien administrateur pour la France auprès de la Banque mondiale, car il faut concilier les désirs des 24 administrateurs représentant les Etats membres de l'institution avec ceux de la direction. Elle y réussissait sans se fâcher avec personne."

Au début des années 2000, le président Wolfensohn lui demande de conseiller le chef de l'Etat nigérian Olusegun Obasanjo, qui désire rendre moins opaque la gestion d'un pays classé au premier rang des Etats les plus corrompus de la planète. Obasanjo en est tellement satisfait qu'il lui propose le ministère des finances, en 2003.

Elle accepte. "Pour, dit-elle, servir (son) pays" qu'elle enrage de voir traîner une réputation sulfureuse "par la faute de quelques-uns". Et Dieu sait s'il lui en coûte de quitter son mari et ses quatre enfants restés à Washington. Les débuts sont sportifs, puisque dès sa nomination elle met sa démission dans la balance pour conserver le budget et le Trésor qu'Obasanjo parlait de lui retirer. Les années suivantes ne le sont pas moins, car Ngozi - comme on l'appelle universellement - ne transige pas avec ses principes.

L'équipe qu'elle dirige privatise les aciéries déficitaires et développe la concurrence dans les télécommunications au grand dam des syndicats. Elle publie les recettes de l'or noir et les sommes versées aux collectivités locales, pour que "l'argent du pétrole aille dans les écoles et les hôpitaux plutôt que dans les poches de quelques-uns".

Et elle cogne. Les procédures qu'elle lance conduisent en prison le chef de la police nationale. Trois ministres, deux juges, deux amiraux et un gouverneur sont révoqués. Elle y gagne le surnom de "Okonjo-Wahala", ce qui veut dire en langue yorouba "la femme à problèmes", autrement dit l'emmerdeuse. Des menaces de mort s'ensuivent.

Elle s'attaque à la réduction de la dette de 30 milliards de dollars de son pays. "Elle nous a bluffés", reconnaît Serge Michaïlof, son collègue à la Banque. "Elle s'est débrouillée pour ne pas passer sous les fourches caudines du Fonds monétaire international (FMI). Pour cela, elle a mis en place un programme d'économies plus ambitieux que celui du Fonds."

Les Etats créanciers du Club de Paris n'avaient guère envie de remettre sa dette à un Nigeria riche de son pétrole et réputé pour sa gabegie. Ils disaient à Ngozi : "Remboursez d'abord, et nous verrons ce que nous annulerons." L'argumentaire de la ministre était à l'opposé. Diplomate : "Nous avons réalisé toutes les réformes que vous demandiez." Moralisatrice : "Vous avez prêté à des gens corrompus et vous osez réclamer le paiement de cette dette à l'un des pays les plus pauvres du monde ?" Culpabilisatrice : "Vous n'allez tout de même pas laisser tomber le premier gouvernement "propre" du Nigeria ?" Impérieuse : "Annulez d'abord et nous rembourserons après."

Un des négociateurs n'en revient toujours pas : "J'ai rarement vu quelqu'un d'aussi rude", soupire-t-il. Et elle gagne. Les pays créanciers inventent un programme spécial pour le Nigeria, dont la dette est effacée pour 18 milliards de dollars et qui remboursera 12 milliards après. Quand en 2006, Olusegun Obasanjo la mute aux affaires étrangères, Ngozi sent que le temps de la politique est venu avec les élections. Elle démissionne pour ne pas se compromettre, tire sa révérence sans bruit. Le bilan de l'équipe gouvernementale dont elle sort est flatteur : 1 milliard de dollars de remboursements est économisé chaque année ; le taux d'inflation annuel est tombé de 23 % à 11 % et le produit intérieur brut a été multiplié presque par 3. Ngozi met sur pied un institut de sondage d'opinion en association avec l'américain Gallup. Elle crée un fonds de 50 millions de dollars destiné à épauler les femmes africaines chefs d'entreprise. Elle fonde un centre de recherche sur les politiques de développement africaines. Elle est sur tous les fronts.

En 2007, retour à la Banque mondiale, son autre patrie, où le président Robert Zoellick l'appelle. Parce que, dit-il, elle "a combattu courageusement la corruption et n'oublie jamais les plus démunis qu'elle veut servir, non en les assistant, mais en les rendant autonomes". Elle y porte plus haut que jamais l'étendard de sa mère-patrie. "L'Afrique n'est plus un problème, dit-elle, mais un continent d'opportunités. Elle a connu un taux de croissance de 6 % pendant plusieurs années et se porte mieux. C'est vrai, la crise est là, celle des prix des produits alimentaires notamment, et moins de 5 % de nos terres sont irriguées, contre 40 % en Asie du Sud. Mais il faut cesser de considérer l'Afrique comme un malade."

Le président Obasanjo n'avait pas apprécié que l'on dise que Ngozi pourrait lui succéder. On ne répétera donc pas trop fort ce que sait parfaitement ce monde multilatéral, multiracial et multiculturel, où elle est comme poisson dans l'eau : si le président de la Banque mondiale cesse d'être, un jour, un homme, blanc et américain, Ngozi a ses chances.

Alain Faujas
Source : Le Monde

1954 :Naissance à Ogwashi-Uku (Etat du Delta, Nigeria).

1977 : Diplômée de l'université Harvard (Massachusetts, Etats-Unis).

1982 : Recrutée à la Banque mondiale.

2003 : Nommée ministre des finances du Nigeria par le président Olusegun Obasanjo.

2006 : La dette publique nigériane est annulée à son initiative ; elle quitte le gouvernement nigérian.

2007 : Devient directrice générale (numéro 2) de la Banque mondiale, à la demande de son nouveau président Robert Zoellick.

06.04.2009

Femmes de Lois (II)

ecriture.jpgDans l’écriture d’un roman, il y a toujours un moment où l’écrivain devient un comédien. Il finit par être le personnage, entrer dans le personnage en passant par soi. Je suis Léna et condamner ne procure un serrement au cœur. Parce que condamner, c’est priver de liberté. J’aimerais que des magistrates présentes confirment ou bien infirment ce qui se passe entre l’être et la fonction. Dix ans après avoir écrit et publié ce roman, avoir éprouvé ce sentiment, j’ai observé ce trouble au moment d’une condamnation. C’était l’automne dernier, j’avais été tirée au sort comme jurée dans un procès long, brouillon, coûteux et à bien des points de vue, révoltant. A l’instant du verdict, moi jurée supplémentaire, mais pas plus décontractée que les autres, j’ai décelé dans le comportement des juges, la présidente, pourtant connue pour ses pratiques répressives, et ses assesseurs, deux jeunes femmes, ce serrement au cœur que j’avais attribué à Léna. Leurs visages livides disaient tout haut ce qui se passait tout bas en elles.

Enfin, pour revenir au personnage de Léna, elle s’interroge sur la liberté et l’indépendance des juges. Dans la dernière partie du roman, elle est aux prises avec ce manque de liberté et d’indépendance que j’ai pensé devoir mettre en valeur. Mon héroïne accorde du prix à la vérité et à la justice. Elle va se rebeller et comme elle le dit : « La rébellion individuelle n’est pas pratique courante. » Elle parle d’une hiérarchie aux ordres du système politique. Elle va refuser d’être aux ordres. En effet, une star du hit-parade, un chanteur, ami du Président de la République, vient d’être arrêté pour agression sexuelle sur une top model russe. Etant donné la popularité du prévenu, l’officier de la PJ qui l’informe de l’affaire la met en garde. Pour Léna, la justice est la même pour tous. Arrive la comparution : le chanteur, découvrant une femme juge dans le bureau des comparutions, retrouve sa verve et son arrogance. Pour lui, l’issue ne peut être que positive, toute femme étant douée de mansuétude. Très vite, en face de Léna, il comprend qu’il s’est illusionné. Quand il quitte le bureau, il lui jette un regard oblique avant de repartir au dépôt, comme l’a ordonné Léna. Après avoir recueilli d’autres déclarations de prévenus, Léna décide à nouveau de l’interroger. Elle appelle le dépôt. Au bout du fil, un gardien bredouille que le chanteur a été remis en liberté sur ordre du procureur de la République. Ses amis du Palais l’encouragent à oublier l’affaire mais elle a du mal à s’y résoudre. Le lendemain, par la radio, elle apprend que le top model a retiré sa plainte. Là dessus, elle part pour le Sénégal où elle est née et où elle est en quête de ses origines. A son retour, l’affaire du chanteur star a fait des remous. Une lettre du procureur général lui apprend qu’elle est déchargée de ses fonctions à la huitième section et nommée dans une autre section du parquet. Bouleversée par ce qui lui arrive, qu’elle avait pressenti sans vouloir vraiment y croire, sa vie sentimentale s’en ressent.

rozes.jpgMais rendre la justice pour Léna, ce n’est pas que condamner, c’est aussi remettre en liberté un petit braqueur d’occasion qui risque de perdre son emploi. Elle sait le faire subtilement, à l’aide d’une formule que j’ai emprunté à une amie magistrate. Au moment où la parole lui est donnée, elle se lève et dit : « Je représente le Ministère public, en conséquence je suis obligée de demander l’incarcération, mais je ne serais pas hostile à une mise en liberté qui éviterait à ce garçon de perdre son emploi. »
Elle parie bien sûr sur l’humanité de la présidence. A la sortie du tribunal, elle éprouve une grande satisfaction.
Avec du recul, par rapport au roman, je me souviens d’avoir entendu Simone Rozès, lors d’une comparution. Une jeune femme avait volé un manteau de fourrure. Et Simone Rozès, jamais agressive, prenait un ton compatissant pour interroger la prévenue, cherchait à la mettre en confiance, avec une certaine finesse dans le choix du vocabulaire qu’elle utilisait, une finesse dans le jugement. Je n’ai jamais oublié. Une véritable humanité.
Simone Rozès, comme mon personnage de Léna Bâ, exerçait la justice avec passion d’abord, liberté et humanité. Je ne parie pas que ce soit toujours le cas.

20070605_WWW000000286_19584_1.jpgLors du procès pour lequel j’ai été tirée au sort comme jurée, j’ai pu observer, côté magistrats, une certaine raideur, de la répression à tout prix et parfois, dans les interrogatoires, un manque d’humanité et bien peu de psychologie.
Côté avocats, en revanche, beaucoup d’humanité, de courage et de finesse chez les femmes. Mais l’humanité est liée au serment des avocats : « Je jure comme avocat d’exercer la défense et le conseil, avec dignité, conscience, indépendance et humanité. » J’ai apprécié leurs plaidoiries au plus près de la vérité. J’ai cru comprendre qu’elles n’utilisaient pas les « grosses ficelles » de la défense comme leurs confrères ! ( Le mensonge, l’abus de pouvoir, l’arrogance par rapport à la présidence). Je terminerai par vous dire que le roman est un acte de liberté. La littérature n’est pas seulement de l’illusion, c’est, comme la justice, avant tout, de la vie. Un écrivain, c’est en fait un agent double, entre l’illusion et le réel. A travers l’illusion, il dit le réel.

Maryse Wolinski

04.04.2009

Femmes de Lois (I)

L'Association Française des Femmes Juristes m'avait demandé d'être l'invitée d'honneur de leur coktail annuel et la présidente, Béatrice Castellane, avocate, souhaitait que je présente ma version romancée des femmes de loi. J'ai cherché dans la littérature du XXéme siècle, mais aucun écrivain n'avait fait de son héroïne une femme de loi. Sauf moi, dans un roman publié en 1998, La tragédie du bonheur.

4231-10.jpgSi en 1900, Jeanne Chauvin a obtenu son diplôme de droit puis à exercer en tant qu’avocate ; si Maria Vérone, en 1908, plaida pour la première fois en cour d’assises, si en 1950, Lucile Tinayre a été la première femme admise au Conseil de l’Ordre des avocats de Paris, si en 1975, Suzanne Challe a été la première présidente de chambre à la Cour d’appel et si, toujours cette année là, Simone Rozès a été nommée première présidente du tribunal de grande instance de Paris, avant d’être, en 1983, première présidente de la Cour de cassation, et Dominique de la Garanderie, nommée seule femme bâtonnier en 200 ans… si, si… Pendant ce temps, aucun auteur de littérature contemporaine n’a pris pour héroïne une femme de loi. A quelques exceptions près, dans cette littérature, les héroïnes ne cultivent pas l’ambition professionnelle. Une Thérèse Desqueyroux ne peut que subir la justice.
En 2008, le jeune romancier Nicolas Rey, dans son dernier roman, L’Amour à la plage (1), suit encore ses aînés. Il fait de son héroïne, Arianne Backer, une avocate, mais la profession n’est qu’une sorte de « couverture » pour dire une typologie sociale et non une pratique. Ce jeune écrivain choisit de mettre en valeur la séduction que son personnage féminin imprime sur son héros masculin. Ce n’est pas sa fonction qui enivre le personnage, ou la façon dont elle exerce sa fonction et qui imprègne sa vie, c’est plutôt sa silhouette, ses seins, ses courbes.
L’énumération de la figure héroïque occidentale consiste à dresser une liste de membres d’un club essentiellement masculin.
Restent les fictions écrites et réalisées pour la télévision. Là, je suis nulle parce je ne connais rien à ces séries qui, dit-on, obtiennent une belle audience. Comment sont traitées les héroïnes ? Je ne peux pas vous répondre. Certes, d’après ce qu’on en dit, elles mènent la danse et avec succès.
Alors donc, je serais la seule à avoir imaginé comme héroïne, une femme de loi, une vraie ? En effet, en 1998, j’avais publié aux éditions Albin-Michel, un roman, La Tragédie du bonheur. L’héroïne, Léna Bâ, est une femme de loi dont le métier intervient sur la conduite de sa vie. Et c’est cela qui m’intéressait à l’époque et me motive toujours aujourd’hui quand j’écris. Pourquoi avais-je eu cette idée de prendre pour héroïne une femme de loi ?
D’abord, écrire pour moi, c’est descendre dans l’arène. Ne connaissant pas grand chose à la justice, j’étais avide d’informations sur le sujet.
A l’époque, j’avais fait la rencontre d’une nouvelle amie qui exerçait la fonction de magistrate, après avoir exercé celle d’avocate. Malgré son goût de la discrétion, mais plutôt du secret, déformation professionnelle, ce qu’elle me racontait, m’inspirait. Résultat, après un voyage en Afrique où nous avions séjourné ensemble, j’ai commencé à écrire ce roman à deux héroïnes : l’Afrique et une femme juge, Léna Bâ. Et celle-ci n’évolue pas seulement dans les bras des hommes. Le lecteur la suit dans ses aventures professionnelles. La fonction ne pouvant qu’interpénétrer sa vie privée.

Ainsi j’ai doté mon héroïne d’une subtile intuition, d’un vrai talent d’investigatrice, d’une habileté à établir son autorité sans en faire la moindre démonstration ( on le voit dans le roman, notamment par rapport aux policiers ). Et cela assaisonnée d’une certaine distance, d’un détachement indispensable. Cette Léna Bâ, ambitieuse Léna Bâ, mais l’ambition, nous le savons, est le moteur de notre progression, ne restera pas longtemps avocate. La raison ? « Je ne suis ni une femme d’affaires, ni une spécialiste de courbettes, deux conditions sine qua non pour réussir dans cette profession. »
Voilà ce que je lui faisais dire et plus loin : « L’avocat n’a jamais le dernier mot. La décision appartient à un autre : le juge. Le pouvoir est entre les mains de la magistrature. Je serai magistrate. »
Mais quand elle atteint le pouvoir du dernier mot, je lui fais dire : « Quand on prend la parole au nom du Ministère public, et que l’on demande une condamnation, n’a-t-on pas toujours un serrement au cœur ? »


Maryse Wolinski

27.03.2009

Taslima Nasreen

20080318_1_1.jpg Taslima Nasreen, femme de lettres bangladaise née le 25 août 1962 à Mymensingh au Bangladesh.

Taslima Nasreen fait campagne pour l'émancipation des femmes et contre l'oppression des minorités non-islamiques dans les sociétés islamiques telles que son pays d'origine, le Bangladesh.

Issue d'une famille aisée et cultivée, elle a fait des études de médecine spécialisées en gynécologie et a exercé dans un hôpital public dès 1986.

Menacée par des fondamentalistes islamiques à la suite de la publication de son premier roman Lajja (La Honte), dénonçant l'oppression courante de la communauté hindoue au Bangladesh, elle a été obligée de quitter son pays en août 1994 et de s'installer en Suède. En juin 1995, elle choisit d'habiter à Berlin. Depuis elle habite à Stockholm, New York (où sa sœur réside), et surtout Kolkata, la capitale de l'État indien du Bengale occidental, où elle tente d'obtenir la nationalité indienne, qui lui est refusée.

En mars 2007, sa tête a été mise à prix par un groupe islamiste indien. La prime pour sa décapitation est de 500 000 roupies (environ 9 000 €).

Fin novembre 2007, elle est forcée de fuir Kolkata, à la suite de violentes manifestations contre sa présence. Dans les jours suivants, elle est exfiltrée de ville en ville sous la pression de groupes islamistes qui veulent la voir expulser du pays ou assassiner pour avoir tenu des propos blasphématoires contre l'islam. Le 28 novembre, le ministre des Affaires étrangères indien, Pranab Mukherjee, promet que son pays protègera l'écrivaine. Les services secrets indiens la sortent alors de New Delhi pour l'amener dans un lieu tenu secret.

Elle estime à présent que l'exercice de la médecine lui sera définitivement impossible.

Mi-février 2008, elle obtient la prolongation de son visa indien pour six mois, jurant que l'Inde était devenu sa seconde patrie et refusant de venir à Paris pour recevoir le prix Simone-de-Beauvoir qui venait de lui être décerné.

Le 19 mars 2008, elle est obligée de se réfugier définitivement en Europe où elle avait déjà été contrainte en 1994 de trouver refuge après avoir été accusée de blasphème par des musulmans radicaux en Inde. La veille, elle avait affirmé que « le gouvernement indien ne vaut pas mieux que les fondamentalistes religieux ». Elle accuse le gouvernement indien d'avoir tenté de la faire tuer par empoisonnement en lui fournissant des médicaments qui ne lui convenaient pas pour son hypertension après l'avoir fait retirer de l'hôpital où elle était soignée.

Le 21 mai 2008, elle reçoit le Prix Simone-de-Beauvoir des mains de Rama Yade, Secrétaire d'État aux Droits de l'Homme, après avoir rencontré la présidente du mouvement Ni putes ni soumises, Sihem Habchi. Elle est faite citoyenne d'honneur de Paris le 7 juillet 2008.

Alors qu'elle doit faire face à des difficultés financières, la ville de Paris met à sa disposition un logement dans une résidence d'artistes de la capitale qu'elle pourra occuper à partir du mois de février 2009.

_________ Ses oeuvres :

Lajjā : La Honte (selon les éditions), roman. Paris : Stock, coll. « Nouveau cabinet cosmopolite », 1994. 286 p. Traduit du bengali par C. B. Sultan, d'après Lajjā.

Lieux et non-lieux de l'imaginaire, choix de poèmes. Co-édition, Arles : Actes Sud, coll. « Babel » 119 ; Paris : Maison des cultures du monde, coll. « Internationale de l'imaginaire. Nouvelle série », n° 2, 1994. 131 p.

Femmes, manifestez-vous !. Ed. Des femmes, 1994. 105 p. Traduit du bengali par Shishir Bhattacharja et Thérèse Réveillé, d'après Nirbachito column.

Une autre vie : poèmes. Ed. Stock, coll. « Nouveau cabinet cosmopolite », 1995. 143 p. Traduits du bengali et adaptés par France Bhattacharya et André Velter.

Un retour ; suivi de Scènes de mariage, récits. Ed. le Grand livre du mois, 1995. 341 p. Traduits du bengali par Pralay Dutta Gupta et Paul Ray, d'après Fera.

l'Alternative ; suivi de Un destin de femme : récits. Ed. Stock, coll. « Nouveau cabinet cosmopolite », 1997. 263 p. Traduit du bengali par Philippe Benoît, d'après Aparpaksha et Bhramar kaiyo giya

Enfance, au féminin. Ed. Stock, coll. « Nouveau cabinet cosmopolite », 1998. 457 p. Traduit du bengali par Philippe Benoît, d'après Amar meebela.

Femmes : poèmes d'amour et de combat. Ed. Librio, n° 514, 2002. 94 p. Traduits de l'anglais par Pascale Haas, d'après All about women ; avec une préface de Danielle Charest.

Vent en rafales, récit. Ed. P. Rey, 2003. 379 p. trad. du bengali par Philippe Daron, d'après Utal hawa.
Œuvres écrites en anglais ou traduites en anglais (à reclasser) :

Meyebela (My Bengali Girlhood - A Memoir of Growing Up Female in a Muslim World)

The Game in Reverse (Poèmes)

__________ Prix & Récompenses

1991 : Ananda Literary Award.
1994 : Prix Sakharov pour la Liberté de Pensée (remis par le Parlement européen).
10 décembre 2007 : Prix des Droits de l’homme de la République française - Liberté - Égalité - Fraternité décerné par la Commission nationale consultative des droits de l'homme
2008 : Prix Simone de Beauvoir pour la liberté des femmes



26.03.2009

Mayawati, une impératrice des intouchables controversée

346402.jpgLes partis politiques traditionnels n’ont pas accueilli avec beaucoup de joie l’irruption d’une nouvelle politicienne sur la scène indienne. Pour la troisième fois consécutive, Mayawati Kumari a été élue à la tête de l’un des plus vastes Etats de l’Union indienne, l’Uttar Pradesh. Un séisme d’autant plus violent que l’élue est issue de la caste la plus basse, celle des dalits, les intouchables. Les très nombreux dalits qui composent la population de l’Etat ont soutenu massivement sa candidature. Son programme de promesses aux plus démunis a séduit. Et désormais ses ambitions politiques franchissent les frontières de l’Etat. La princesse des dalits veut conquérir le pays tout entier, on lui propose des alliances, mais au faîte de sa gloire, elle prétend désormais amener les intouchable à la tête de l’Inde sans l’aide de personne.

La région du sud de l’Uttar Pradesh, le Bundelkhand, cumule misère, absence d’infrastructures, calamités climatiques. Les castes les plus basses et les populations tribales constituent une part importante des habitants de la région. Et la base de l’électorat de Mayawati.

Mais depuis son élection la situation ne s’est pas améliorée. Ni pour les femmes, les plus touchées par la misère, ni pour les dalits en général. Les pauvres se sont appauvris, une sécheresse sans précédent a conduit les fermiers de la région au pire désespoir. Le bétail a disparu, les plantes ont crevé, la terre a brûlé. Les puits ont pour la plupart versé leurs dernières larmes. L’Etat n’a pas su alléger les souffrances des désespérés, les quelques mesures compensatoires décidées l’ont été trop tard, et surtout se montrent insuffisantes.

2008012656740701.jpgDans un bourg du district de Chitrakoot, au coeur du Bundelkhand, le comité des femmes intouchables organise sa réunion. Elles ont unis leurs forces et s’aident mutuellement. Elles versent chaque mois une petite somme d’argent qui leur permet ensuite d’envisager des projets de développement commun. Du gouvernement, elles n’attendent pas grand-chose : « Nous avons voté pour Mayawati il y a deux ans, et depuis nous suivons ses progrès électoraux, mais ici, quel que soit le parti au pouvoir, nous ne voyons rien changer. » Elles ne baissent pas les bras pour autant et ont décidé de prendre en mains les destinées de la communauté. « Nous ne devons compter que sur nous-même pour améliorer notre sort. Officiellement, nous ne sommes plus discriminés, mais dans les faits c’est tout différent, on nous maintient à l’écart des instances du pouvoir, des postes gouvernementaux, la loi est de notre côté mais la misère aussi. »

Mayawati ne manque aucune occasion pour rappeler qu’elle appartient à la communauté des dalits et que, pour cette raison, elle peut mieux que les autres politiciens défendre leurs intérêts. Pour son anniversaire, elle organise chaque année une immense collecte, les dons arrivent de tout le pays, des rivières d’argent coulent vers son compte en banque. Elle serait la femme la plus riche d’Inde, et les allégations de corruption courent ; elle dément en expliquant que ses supporters ont tant d’affection pour elle qu’ils sont prêts à emprunter de l’argent pour lui rendre la vie dorée, quel succès ! Mais en termes de réalisations politiques, il y a loin de la coupe aux lèvres.

Selon les statistiques nationales, dans l’Uttar Pradesh, les intouchables constituent 21% de la population, parmi lesquels le taux d’alphabétisation est de 60% pour les hommes et de 30% pour les femmes ; beaucoup moins bien que la moyenne nationale qui donne pour les intouchables un taux de 66% d’alphabétisation pour les hommes et de 42% pour les femmes. Mayawati ne peut plus fermer les yeux sur la réalité : durant ses mandats successifs, elle n’a pas répondu aux attentes des plus pauvres.



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23.03.2009

Inde : le "gang" des femmes en saris roses

PinkGang-dc471.jpgEn juillet 2008, en Uttar Pradesh, des justicières battent la campagne pour combattre l’injustice sociale, en particulier celle commise à l’encontre des femmes, systématiquement discriminées.

Dans la poussière du centre du village, une dizaine de vieilles femmes attendent à l’ombre d’un large banyan leur ordre de mission. Habillée tout de rose, elles appartiennent au Gulabi gang, le gang rose. A sa tête, une femme de poigne, Sampat Pal Devi. Elle a convoqué quelques-unes de ses militantes pour faire un coup de force auprès d’un propriétaire indélicat qui s’est illégalement arrogé des droits sur les terrains communaux. "On nous exproprie avec l’aval de l’administration locale complice, la police ne nous a pas écoutées, heureusement Sampat et son gang ont remué ciel et terre pour nous aider."

Une bande de paysannes

Depuis deux ans, Sampat Pal bat la campagne de l’Etat indien de l’Uttar Pradesh et traque l’injustice. En premier lieu, les injustices faites aux femmes, la violence domestique, la violence sociale. Elle s’est entourée d’une bande de paysannes, issues des castes les plus basses. "Je ne leur demande que de porter un sari rose, signe d’appartenance à notre bande. J’ai opté pour le rose parce qu’aucun parti politique ne l’utilise." La bande constituée de deux cents femmes de tous âges grandit au fur et à mesure que sa popularité s’élargit. "Je veux montrer aux femmes qu’elles peuvent se battre, qu’elles peuvent avoir gain de cause même contre les puissants." En Inde, les femmes occupent une position de second rang et, bien que la Constitution leur garantisse une égalité de droit, dans les faits elles sont systématiquement discriminées.

Sumari Devi campe sur le porche de son ancienne maison, elle dort avec ses quatre enfants sur un châlit bancal sans abri contre les intempéries. Son mari a disparu depuis un an et demi, en fugue, ou tué peut-être. Peu après la disparition, Sumari, faute de pouvoir présenter les titres de propriété adéquats, est chassée de sa maison par des voyous à la solde du propriétaire. Sampat lui est venue en aide, en pourvoyant de la nourriture et quelques roupies. Surtout, elle a porté le cas devant les autorités locales. "Au début, la police ne m’a pas écoutée, grâce à Sampat, ils ont fini par accepter d’enregistrer ma plainte."

Bien souvent, les femmes ne peuvent faire entendre leur voix, Sampat leur a donné un mégaphone. "J’ai réuni des centaines de femmes et nous avons marché sur le commissariat." Symboliquement, elles sont armées de bâtons de bois, les lathis. Plus pour impressionner que pour conduire des actions violentes ; d’ailleurs, jusqu’à maintenant, elles ne les ont jamais utilisés.

610x.jpgLe Robin des Bois des femmes

Dans cette région du sud de l’Uttar Pradesh, les bandits de grands chemins font plus qu’appartenir aux légendes. Les redoutés dacoïts, qui ont terrifié les voyageurs dans l’ancien Empire des Indes et inspiré les auteurs policiers, sévissent encore aux confins boisés de l’Etat. Lorsqu’on parle de ces gangs, la légende prend toujours le pas sur les faits. N’empêche : ils existent bel et bien, habitent le sud de l’Uttar Pradesh, pillent, tuent, rançonnent et rackettent, au grand dam des forces de police. Tokio, un puissant chef de bande tué l’année dernière, s’était forgé une réputation de Robin des Bois : il prétendait n’attaquer que les forces de l’ordre et les riches du pays. Cette tradition de gang a son dernier avatar : celui des femmes en saris roses, le Gulabi gang. Sampat accepte la comparaison, elle se voit un peu comme le Robin des Bois des femmes et des démunis en Inde, mais elle refuse la violence.

Forcée de quitter son village avec son mari, simplement parce qu’elle avait accepté de l’eau des mains d’une intouchable, Sampat a connu l’injustice. Et décidé qu’elle ne se laisserait plus faire. Elle a d’abord essentiellement axé son programme sur l’aide offerte aux femmes, mais l’injustice sociale dans son ampleur l’a décidée à batailler tout azimuts. "Ce qui me révolte le plus, c’est le mauvais usage qui est fait de l’argent public ; cette région est la plus pauvre du pays et plutôt que de combattre la misère, les politiciens ne pensent qu’à s’enrichir. Sans la corruption, il n’y aurait pas autant de pauvreté."

Dans sa permanence, au centre de la bourgade, d’Atarra, Sampat recueille les plaintes innombrables des malheureux qui n’ont d’autre recours possible que le gang. "Les affaires de corruption et d’abus de pouvoir représentent avec la violence domestique l’essentiel des doléances ; si le système judiciaire fonctionnait correctement, ces affaires trouveraient aisément une solution devant les tribunaux, mais ce n’est pas le cas."

Administration défaillante


PinkLadys2.jpgLa liste de ses succès a fait le tour de la localité et des alentours. Et personne ne songe à rire lorsque l’on parle du Gulabi gang. Au contraire, le gang a su forcer l’admiration : "Grâce à lui, nous avons désormais un bout de route goudronnée", se félicite un riverain non loin de la permanence du gang. Pourtant, Sampat voudrait faire plus : "Avec le dixième du budget de l’Etat dans ce district, je pourrais faire dix fois plus que ce qui est réalisé aujourd’hui." Le groupe ne reçoit aucun financement autre que les maigres cotisations de ses membres et, parfois, des dons. Sampat montre ses chaussettes trouées, ses semelles percées : "Si on nous donnait un peu d’argent, je créerais des écoles plutôt que de remplacer mes vieilles chaussures !"

Aux confins de l’Etat, l’administration indienne se montre souvent défaillante ou inexistante. Les routes goudronnées disparaissent et font place à des sentes en terre battue. Les aides destinées aux familles en difficulté, les rations de riz, s’égarent avant de parvenir à ceux qui en ont besoin. En outre, dans ce district, le taux d’alphabétisation compte parmi les plus bas du pays, la moitié des hommes et plus du trois quart des femmes ne savent pas lire ; ils sont absolument démunis face une administration qui abuse de son pouvoir. Bien qu’elle ait fait de l’enseignement et de l’alphabétisation une de ses priorités, Sampat Pat ne pourra pas suppléer seule les carences de l’Etat. En revanche, elle a réveillé les consciences, mis en lumière les inégalités de la société indienne et les dysfonctionnements de l’Etat. Son destin exemplaire pourrait susciter des nouvelles vocations de justicier.

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13.03.2009

Femme en France, l'état de grâce est pour demain (III)

1936_la_francaise.jpgOn le voit, malgré les obstacles, les Françaises tracent leur voie, tout en demeurant les femmes les plus élégantes de l’Europe. La presse anglo-saxonne et notamment celle de Grande-Bretagne l’a récemment confirmé. « Passé 40 ans, écrit une journaliste dans The Gardian, la plupart des Anglaises, et notamment celles implantées dans le monde des affaires, succombent au style « mamie ». De l’autre côté de la Manche, une femme trop apprêtée prend le risque d’apparaître comme superficielle et n’ayant rien d’autre à faire qu’à se parer ». La Française active, passé cinquante ans, voire plus, a tendance à aligner sa garde-robe sur celle de sa fille avec en plus la touche d’élégance héritée de sa mère.

Et les Françaises ne sont pas seulement des femmes engagées, novatrices et élégantes, en plus, elles font des enfants. La France a supplanté l’Irlande et affiche désormais le plus fort taux de fécondité d’Europe. Dans moins de cinquante ans, ce sera le pays le plus peuplé d’Europe. D’autre part, l’espérance de vie progresse avec une parité respectée mais nous savons qu’en la matière, les hommes ont pris du retard. Une belle espérance de vie et un fort taux de natalité, n’est-ce pas le signe d’une nation confiante ? Pas vraiment selon les sondages. Les Françaises se disent peu récompensées de leurs efforts parce que pas assez aidées par l’Etat. La lecture de la presse étrangère révèle qu’ailleurs, ce n’est pas mieux ou plutôt, c’est nettement moins bien. En attendant de faire fondre comme neige au soleil les inégalités et d’obtenir plus de prestations sociales, les Françaises misent sur l’avenir et conjuguent carrière, vie sentimentale et vie familiale. Oui mais quelle vie familiale ? 50% des enfants naissent hors mariage, les couples se forment sans passer devant Monsieur le maire. Ils préfèrent souvent aller se pacser devant le tribunal que de faire bénir leur union dans un lieu de culte.

Discriminée mais déterminée et vigilante, la Française vit la lutte au cœur. Et ça lui réussit.

Maryse Wolinski

11.03.2009

Femme en France, l'état de grâce est pour demain (I)

nm_170310_px_501__w_nicematin_.jpgJanvier 2009 : le gouvernement français diminue de 42% le montant de subventions affecté au Planning familial. Une année qui commence mal pour les Françaises. L’Etat se désengage donc de ses missions d’information, d’éducation et de prévention dans les domaines de la sexualité et de la vie affective. Missions affirmées dans la loi Neuwirth, cette fameuse loi sur la contraception votée en 1967 et dont les décrets mirent quelques cinq années à être publiés. Aujourd’hui, prenant prétexte de la crise, le gouvernement français marque son désintérêt pour les pratiques d’accueil et de conseil indispensables à une société de plus en plus marquée par la violence.

Chaque année, 450.000 personnes bénéficient des actions du Planning Familial au sein de ses 70 associations. Que va-t-il se passer si la plupart sont contraintes de fermer par carence de subventions ? C’est pourquoi le 8 mars, journée mondiale de la femme, cette année, les Françaises ont marché pour le rétablissement de ces droits essentiels. Symboliquement, à Paris, le cortège est parti des locaux du Planning Familial et nombreuses sont les Françaises, des féministes et d’autres, qui ont défilé sur le pavé parisien et en province, avec un seul espoir : en finir avec la discrimination et les inégalités.

5422_photo_1204915887698-1-0.jpgLa création en France, dès les années 80, d’un Observatoire de la parité, pôle d’information sur la situation des femmes, doté d’une fonction de promotion de l’égalité entre représentants des deux sexes, n’a pas vraiment changé la donne.
Si des lois ont été votées, en nombre depuis 2000, elles demeurent trop souvent des textes signés sur des parchemins. Les deux exemples qui suivent sont la preuve d’une égalité de principe, non réalisée dans les faits. Ainsi, la loi du 23 mars 2006, relative à l’égalité salariale, - cette fameuse égalité sur laquelle j’ai écrit en tant que journaliste dans les années 70 – devait renforcer les moyens en vue de supprimer les écarts de rémunération. Résultat : aujourd’hui encore, à compétences égales, l’écart salarial demeure. Il est de 20% et plus on grimpe dans la hiérarchie des cadres et plus il s’avère important.

Quant à la loi du 6 juin 2000, contraignant les partis politiques à présenter un nombre égal d’hommes et de femmes lors des élections au Sénat comme à la députation, les différents scrutins qui ont eu lieu ont démontré que les dispositions de la loi ne sont que des vœux pieux. A preuve, lors des élections sénatoriales, les partis ont choisi d’investir plus de 77% d’hommes et ont donc continué à adopter des stratégies discriminatoires. Les grandes déclarations de principe sur les valeurs françaises d’égalité entre les sexes sont médiatisées à outrance lors des rassemblements politiques mais toujours démenties dans les faits.

Maryse Wolinski

02.12.2008

Jeanne Habashi, un esprit d'entreprise

Ces Trophées lancés par Femmes3000, activement parrainés par Monsieur Michel Guerry, sénateur des français à l'étranger, récompensent tous les deux ans des françaises établies hors de France.

Cette année trois femmes ont été particulièrement récompensées pour leur activité sur le Continent Africain. Neuf ont été honorées.

Un jury constitué de personnalités du monde politique, économique et social, dont j'ai fait partie, a désigné les trois lauréates le 4 juillet 2008.

Les Trophées 2008 ont été décernés le jeudi 13 novembre 2008 à Paris, lors d'une cérémonie placée sous le haut patronage de Monsieur Christian Poncelet, Président du Sénat.

Aujourd'hui, voici le film de François Grandjacques sur l'une des lauréates : Jeanne HABASHI (Egypte), créatrice de l’association Femmes Actives d’Egypte (FACE)

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