13.09.2009
Au fil de mon plaisir
« Cher Monsieur, après avoir enfin trouvé ici un peu de repos, je me souviens que je vous dois tous mes remerciements pour ce beau livre que j’y ai trouvé … et lu avec un plaisir immense… La perfection de l’intuition associée à la maîtrise de l’expression laissent le sentiment d’une rare satisfaction. »
Ainsi écrivait Sigmund Freud à Stefan Zweig, le 19 octobre 1920. L’écrivain avait envoyé au professeur son essai : Trois Maîtres (Balzac, Dickens, Dostoïevski). La correspondance entre ces deux hommes de génie, trente années d’admiration réciproque, publiée dans la collection Rivages poche/petite bibliothèque, (Sigmund Freud, Stefan Zweig, Correspondance) est passionnante mais aussi très instructive sur les relations qu’entretenaient les intellectuels européens de l’époque. Par exemple, quand Romain Rolland rencontrait Freud grâce à Zweig… Zweig, encore et toujours à l’honneur, avec une nouvelle inédite éblouissante : Le Voyage dans le passé, que publient les éditions Grasset. L’amour résiste-t-il aux années, à la guerre, à la tragédie ? La virtuosité inimitable de cet immense écrivain pour dire les tourments intérieurs.
Autre correspondance, autre admiration et autres mœurs : celle d’Isabelle de Bourbon Parme avec l’archiduchesse Marie-Christine. Au XVIII é siècle, à la Cour de Vienne, Isabelle, petite fille de Louis XV, est mariée au futur empereur d’Autriche, Joseph II. Elle séduit d’emblée la Cour impériale mais surtout, elle est séduite par sa belle-sœur Marie-Christine. « Je meurs d’amour pour toi », lui écrit-elle. Les billets amoureux s’échangent, rendant la vie plus légère à cette princesse philosophe qui, malgré son jeune âge, rédige texte sur texte de savoir-vivre philosophique. Pourtant, morte avant d’avoir fêté ses vingt-deux ans, elle est passée aux oubliettes de l’Histoire. En publiant cette correspondance tendre et savoureuse, aux éditions Taillandier, (Isabelle de Bourbon Parme, Lettres à l’archiduchesse Marie-Christine), Elizabeth Badinter a souhaité faire émerger l’existence de cette jeune femme hors du commun, authentique intellectuelle. Saluons cette initiative.
Enfin, parlons de l’inoubliable Gina de l’écrivaine américaine Victoria Lancelotta, le personnage central de Cœurs blessès, publié aux éditions Phébus. Un mari irréprochable ne pansera jamais les plaies d’une enfance engluée dans le souvenir d’une mère trop tôt disparue. Une vie construite sur l’absence, la solitude, l’illusion du bonheur. L’auteure scrute avec brio ce cœur blessé que la vie met à nu.
Des livres lus avec un plaisir immense.
11:57 Publié dans Le livre de la semaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : maryse wolinski, littérature, journalisme, médias, art














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