08.09.2009

Roland Barthes, journal de Deuil

9782020989510.jpgDans un film de Wiliam Wyler, La Vipère, Bette Davis parle à un moment de « poudre de riz ». Roland Barthes, regardant ce film, revient immédiatement en haute enfance : la boîte à poudre de riz de sa mère est encore là sur la table de toilette.

« Je suis là, écrit-il./ Le Moi ne vieillit pas./ Je suis aussi « frais » que du temps de la poudre de riz. »


Il suffit de la vision d’un objet, d’un mot glissé dans une conversation, d’un paysage ou du chant d’un oiseau, et aussitôt la voix de la mère disparue est là, en nous, son parfum, sa silhouette. Celle avec qui ont été partagés cet objet qu’elle avait adoré ou haï, ce mot qu’elle pouvait utiliser par plaisir à contre sens, ce paysage qu’elle regardait avec étonnement et bonheur, ce chant qui la rendait mélancolique. Elle, la mère, celle qui nous a porté et donné vie. Comme le vin, le souvenir peut être triste ou gai. Pour Roland Barthes, il est déchirant.

 

« Le chagrin, comme une pierre…( à mon cou, au fond de moi ) ». « …Chagrin intense et continu, sans cesse écorché.».

« Je ne souhaite rien d’autre que d’habiter mon chagrin. »


Au lendemain de la disparition de sa mère, la fameuse et tant aimée Mam., Roland Barthes entame une sorte de journal écrit sur des petites fiches qu’il porte en permanence sur lui. Au total, trois cent trente fiches conservées à l’IMEC et restées inédites jusqu’à cette très belle publication des éditions du Seuil, dans la collection Fiction et Cie. Une suite de phrases limpides, dans lesquelles le lecteur noie son propre chagrin, de pensées si profondes, de réflexions intimes et si universelles. Les jours s’enchaînent, comme les travaux d’écriture, les voyages, les rencontres, la présence des autres, mais le chagrin, lui, ne s’effrite pas. Il ne cède pas. Le temps n’a jamais rendez-vous avec lui. Il est immobile et le demeure. Comme Proust, Barthes refuse le terme de deuil. Pour lui, deuil est un mot « psychanalytique qui défigure ». Comme il refuse les phrases toutes faites le concernant, phrases, expressions redoutables : le temps apaise le deuil, faire son deuil et autres sentences populaires. Silence, solitude, refuge, désertion d’un parti pris d’oubli, de fiche en fiche, le lecteur poursuit la voie imposée à l’écrivain, voie qu’il fait sienne, entre larmes et totale admiration.

La mère, une passion à vie.


Journal de Deuil, Roland Barthes, éditions du Seuil/IMEC

Commentaires

Nous vous remercions de intiresnuyu iformatsiyu

Ecrit par : Nina_Tool | 21.09.2009

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