01.09.2009

Séraphine de Françoise Cloarec

9782752903648.gifCette femme, vous ne pouvez pas ne pas en avoir entendu parler. Un film récent, encensé par les critiques et suivi avec passion par les spectateurs ( 500.000 entrées), relatait son histoire. L’actrice, Yolande Moreau, jouait le rôle titre. Résultat : neuf nominations aux César. Une « oubliée » de l’Histoire de l’art en est l’héroïne : Séraphine Louis-Maillart, dite Séraphine de Senlis. Après le film, une grande rétrospective au musée Maillol à Paris a rassemblé des œuvres de cette femme peintre du début du XXéme siècle. L’exposition a connu une telle affluence qu’une prolongation a été décidée pour deux ou trois mois. Avant, plusieurs livres avaient tenté de ressusciter le talent de Séraphine, dont celui de l’écrivain mystique, Alain Vircondelet : « Séraphine, de la peinture à la folie », publié aux éditions Albin-Michel.

Un autre livre a retenu mon attention, celui d’une psychanalyste, peintre elle-même, Françoise Cloarec, diplômée des Beaux-Arts de Paris. Dans « La vie rêvée de Séraphine de Senlis », l’auteur accompagne l’héroïne aux différentes périodes de sa vie et essaie de comprendre, au delà de l’histoire elle-même, ce qui motive sa frénésie de peindre. Cette frénésie qui la conduira à l’asile. L’asile comme Camille Claudel. Mais pas de Rodin dans sa vie. Elle préférera s’inventer un amoureux, imaginer sa propre vie sentimentale plutôt que de la vivre. Rêves, illuminations, des lieux qui ne connaissent pas l’interdit.

Née pauvre, elle mourra pauvre, enterrée dans une fausse commune. Entre temps, il y aura eu les travaux noirs et les travaux de couleurs. Les premiers, ce sont ces emplois divers de servante dans les maisons bourgeoises. Une vie de domestique comme la Félicie de Flaubert dans Un Cœur simple. Des activités dures qui fatiguent le corps et ceinturent l’esprit. Mais pour Séraphine, un espoir demeure : la Vierge Marie, ou peut-être les Anges, lui ont dicté une mission à accomplir : peindre. Elle est âgée de 42 ans et cette injonction venue du ciel la sauve d’une vie terne. Depuis toujours elle communie avec la nature, alors elle peindra la nature et en particulier les fleurs car les pensées qui l’habitent sont colorées, fleuries, sans mots . La voix intérieure devient pure réalité et dans son petit appartement-atelier, elle s’initie à la peinture. Les travaux de couleurs commencent et elle leur consacre ses nuits entières. Le pinceau glisse sur la toile des couleurs flamboyantes, mélanges savants dont elle ne livrera jamais les secrets sauf pour révéler qu’elle y ajoute l’huile sainte qui brûle dans la chapelle vouée à la Vierge Marie de la cathédrale de Senlis.

Nuit après nuit, dans le secret de son atelier, elle invente « son » art : de somptueux bouquets aux fonds sombres, aux compositions complexes. Un jour, conduit là, sans doute par la voix divine, débarque à Senlis, un collectionneur allemand, Wilhem Uhde . Il l’engage pour le ménage et ne tarde pas à découvrir ses œuvres troquées chez les commerçants contre un peu de nourriture. Voilà son talent admiré et rendu public lorsque la guerre frappe aux portes de l’Europe.

L’auteur du livre, qui elle aussi a rencontré le succès ne se contente pas de donner au lecteur une biographie de Séraphine, elle situe son héroïne dans l’époque, apportant un éclairage sur les conditions de vie dans une petite ville bourgeoise comme Senlis, mais aussi sur les formes du mécénat de l’époque, les relations entre mécènes et peintres et, relatant les dernières années de Séraphine, sur les terribles conditions de vie dans les fameux asiles d’aliénés. La folie comme passage obligé à l’accomplissement de chefs d’œuvre ?


Séraphine, la vie rêvée de Séraphine de Senlis , Françoise Cloarec, éditions Phébus. Prix public 12€

Commentaires

Merci beaucoup Maryse Wolinski, pour votre blog et pour cet article sur Séraphine très sympathique.
Très cordialement.
Françoise Cloarec

Ecrit par : Françoise Cloarec | 01.09.2009

besoin de verifier:)

Ecrit par : Nina_Tool | 21.09.2009

Chère maryse Wolinski, je tombe par hasard sur votre blog. Je ne suis guère un habitué de la Toile. Mais comme celle-ci s'est enflammée à propos de Séraphine le WE dernier à propos de la dépêche AFP tombée samedi dernier, je m'y intéresse de plus près. je suis au coeur de la bataille car en effet, le film a repris intégralement dans le scénario des dialogues, des passages, des scènes de mon livre publié chez Albin en 86. Du coup, un procès est en cours pour contrefaçon. Comme vous le savez, je suis ce qu'on appelle un spécialiste de Séraphine pour avoir fait ma thèse de doctorat sur elle, écrit 2 livres dont led ernier qui a été en dernière liste du Fémina l'an dernier, et l'auteur d'un opéra sur elle jouée à l'Opéra de reims.
Tout ça pour vous dire que Françoise Cloarec qui a écrit le petit livre dont vous parlez et qui me connaît très bien (elle voulait en 86 que je publie ce petit texte qui ne 'laura été qu'à la sortie du film), est un peu elle aussi et d'une certaine manière même indirecte, mêlée à ce souci, pour avoir été le conseil du film...
Bon, c'était juste un petit message pour que vous sachiez...
A vous, avec amitié. Je me souviens avoir dîné un soir avec vous et Wolinski chez une de nos amies communes en compagnie de P. Besson..Et c'était très sympathique.
Bien à vous,
Alain Vircondelet

Ecrit par : vircondelet | 21.09.2009

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