24.08.2009

Paul Auster, seul dans le noir

9782742780464.jpgQu’est-ce que la multiplicité des mondes ? Théorie de Giordano Bruno, philosophe italien du XVI é siècle. «  Si Dieu est infini, selon Giordano Bruno, et si la puissance de Dieu est infinie, il doit y avoir une multiplicité de mondes ». Plusieurs mondes donc qui existent tous parallèlement les uns aux autres. Mondes et anti-mondes, mondes et mondes fantômes. Une thèse avec laquelle va jouer, avec un étourdissant brio, au long de 180 pages, le personnage créé par Paul Auster, écrivain lui-même : August Brill. Ecrivain insomniaque, cloué dans une chaise roulante à la suite d’un accident de voiture et réfugié chez sa fille où vit sa petite fille, deux femmes aux confins d’une dérive existentielle.


Pour éloigner les fantômes du passé et ne pas se laisser assaillir par sa propre vie, les méandres douteux, les réminiscences pernicieuses, il lui faut à tout prix « son histoire », et plus encore l’histoire de l’histoire. De son fauteuil d’handicapé, et entre deux films qu’il regarde en DVD avec sa petite fille, il active son imagination et son talent. Résultat : le voilà aux prises avec un drôle de personnage, un jeune magicien, Owen Brick, marié à une ravageuse Brésilienne. Une sorte de martien qui ne va plus le lâcher. Il vient de tomber dans un monde parallèle, mais en Amérique tout de même, où le 11 septembre n’a pas eu lieu et la guerre d’Irak non plus. Un monde où flambe une nouvelle guerre de sécession. Et celle-ci prend de l’ampleur au risque de ruiner le pays. Que vient faire notre pauvre héros, Owen, dans cette histoire de guerre et de mondes différents, reliés les uns aux autres, selon l’explication qui lui est donnée ? Il a une mission : celle d’assassiner son propre créateur, à l’origine de ce monstrueux conflit. C’est à dire August Brill lui-même.


Subtilement, Auster nous engage à croire au pouvoir de la création littéraire : ce qui est raconté advient. « Si je me mets dans l’histoire, écrit Brill, l’histoire devient réelle . » Mais encore plus subtilement, il convie son lecteur à passer d’un monde à l’autre, de celui de l’histoire racontée à celui de la vie intérieure de Brill. Et là, Auster se montre plus talentueux que jamais. On l’envierait d’oser, avec tant de facilités, pénétrer la culpabilité de cet écrivain qu’il met en scène. Tandis qu’il crée, Brill observe sa fille et sa petite fille, leur mal d’absence, leur mal d’amour, leur quête d’identité, deux femmes pour lesquelles le mot « espoir » ne signifie plus grand chose. Coupable Brill ? L’essentiel est de ne pas renoncer à l’histoire.

Un grand cru.


Seul dans le noir, Paul Auster, éditions Acte Sud, janvier 2009 - 19,50€

Commentaires

Belle présentation mais je trouve le mot "grand cru" un peu fort même si "Seul dans le noir" est largement supérieur à son prédécesseur : "Dans le scriptorium".

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Ecrit par : Louis Elegy | 25.08.2009

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