24.05.2009
Souvenirs de la cour d’assises (III)
Le sentiment d’une défaite
Le juré André Gide écrivait : « J’ai pu sentir jusqu’à l’angoisse que la justice humaine est chose douteuse. » Ce fut aussi mon sentiment tout au long de ces débats dont je ne voyais plus le terme. Et pendant le temps des délibérations auxquelles, en tant que jurée supplémentaire, je n’ai pas assisté, - 4 jours entiers, retenus au secret dans un hôtel sans pouvoir communiquer avec quiconque – j’ai vécu tantôt dans le doute, tantôt dans la crainte, m’interrogeant sur les décisions que prendraient les jurés titulaires. Je les avais fréquentés jour après jour, j’avais partagé leurs propos mais rarement leurs convictions et leurs jugements. Quand le verdict très lourd tomba, je fus éclairée. J’éprouvai le sentiment d’une vraie défaite.
« Les questions auxquelles le juré doit répondre, écrit André Gide, dans ses Souvenirs de la cour d’assise, sont posées de telle sorte qu’elles prennent souvent l’aspect de traquenards, et forcent le malheureux juré de voter contre la vérité pour obtenir ce qu’il estime la justice. »
A l’époque où André Gide fut juré, le jury délibérait sans la Cour, c’est-à-dire sans la présidence et statuer sans elle sur l’application des peines. Un jury plus libre d’afficher opinions et décisions sans le regard et l’oreille de la Magistrature posé sur lui. Aujourd’hui, il n’en est rien. La Cour préside. Aux jurés d’avoir assez de personnalité pour résister à la fascination du pouvoir des juges, résister aux éventuelles pressions, sous couvert de conseils, résister encore au pouvoir que leur a attribué le sort. Résistance, vigilance, persévérance dans leurs convictions et humanité, tels devraient être les devoirs d’un jury.
Je vous le dis : juré titulaire, juré supplémentaire, on n’en sort pas indemne.
Maryse Wolinski
17:13 Publié dans Point de vue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : maryse wolinski, régime, alimentation, bien être, femme, aliments, équilibre














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