22.05.2009
Souvenirs de la cour d’assises (II)
Ne jugez point
Et Gide avait raison, on a en tête la parole du Christ : ne jugez point. Plus on nous persuade de la gravité des faits, et donc de la condamnation qui devra suivre, début d’une évidente manipulation, plus on s’attache à ceux qui les ont commis. S’attacher ne signifie en rien excuser. Mais le fait est là : chaque jour, nous nous retrouvons face à face, les accusés dans le box, ceux prévenus libres sur les bancs, les avocats au centre, et sur l’estrade, à droite le Parquet, au centre la présidence et « ses » jurés. A la barre, les témoins dont nombre de policiers et d’experts. Une centaine se présenteront pour dire, répéter, confirmer, préciser des informations qui souvent ne font que compliquer l’affaire. D’un témoin l’autre, l’objectif devrait être d’éclaircir votre jugement et c’est le contraire qui a lieu. Il y aurait beaucoup à écrire sur les experts et sur les policiers. Les uns comme les autres se contredisent au point que la présidence et « ses jurés » finissent par en perdre leur latin. Il y aurait aussi beaucoup à écrire sur les témoins réclamés par la défense, voire ceux désignés par la Cour et qui parfois ne présentent aucun intérêt pour l’affaire jugée. Des questions sans réponses qui aient un sens. Des heures pour n’aboutir qu’au néant. Quant aux interrogatoires des accusés, ils s’avèrent laborieux dans la mesure où nombre d’entre eux, pour ce procès que j’ai suivi, vivaient à l’isolement depuis des années, dans de telles conditions d’interdits et de solitude, qu’ils n’avaient plus les moyens psychiques de se défendre. « Je n’ai pas parlé à quelqu’un depuis tant de temps que je ne sais plus m’exprimer, » a affirmé l’un d’entre eux et les autres d’acquiescer. Un expert psychiatre est venu préciser, lui, que dans ce milieu inhumain de la prison, il fallait avoir une certaine capacité physique pour se présenter « correct » à son procès.
Résultat, malgré plus de deux mois de débats, l’ombre de la vérité n’a même pas été approchée. Quelques semblants de preuves mais pas de vraies preuves bien tangibles. En théorie, le manque de preuves bénéficie aux accusés. Là, il fallait réparer l’affront fait à l’Etat, car c’est dans ces termes que fut présentée l’affaire jugée. En conséquence, le manque de preuves a bénéficié à la Justice. Et les peines ont été particulièrement sévères alors que pas une goutte de sang n’avait été versée.
Maryse Wolinski...
17:10 Publié dans Point de vue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : maryse wolinski, presse, livre, littérature, actualité, la mère qui voulait être femme














Ecrire un commentaire