20.05.2009

Souvenirs de la cour d’assises (I)

h-20-1288697-1224052051.jpgJuré à la cour d’assises, attention, cela n’arrive pas qu’aux autres ! Tout le monde est concerné, hommes et femmes de 18 à 70 ans, inscrits sur les listes électorales. D’emblée, vous interjetez que, étant données vos activités, votre vie professionnelle, vos occupations familiales, votre religion…  vous en serez dispensé. Je vous le dis, personne n’y échappe sinon les  grands handicapés et encore…
Telle fut mon expérience à l’automne 2008.

Un an auparavant, j’avais reçu une lettre m’informant que je venais d’être tirée au sort pour la prochaine session des assises de Paris. Dans l’instant, j’ai fantasmé sur mon futur rôle de jurée. Les tribunaux ont toujours exercé sur moi une certaine fascination. Des vies s’y brisent, s’y enflamment, s’y détruisent mais aussi s’y reconstruisent. J’imaginais que j’allais trouver matière à plusieurs romans. Bref ! L’idée m’avait séduite. Puis, six mois de silence suivirent et je finis par oublier. L’été dernier, la convocation est arrivée, accompagnée du dossier concernant l’affaire à juger. Je devais me présenter le 1er octobre.

589594.jpgLe serment des jurés

Ce jour là, une cinquantaine de « tirés au sort » furent rassemblés et la plupart cherchèrent à se faire excuser mais en vain (voir encadré). Le lendemain, jour de l’ouverture de la Cour d’assises et du procès, un second tirage au sort eut lieu. Et mon nom sortit une nouvelle fois de l’urne. Non pas jurée titulaire, - neuf venaient d’être appelés- mais jurée supplémentaire (1). Allais-je être récusée par un avocat ou le Ministère public ? Il n’en fut rien. Le jury, installé autour de la présidence, un président et deux assesseurs, prêta serment de ne rien révéler ni des débats ni des secrets des délibérations. Ce serment me contraint donc aujourd’hui de rester plus floue et généraliste que je ne le souhaiterais.

Ainsi, j’ai vécu deux mois et demi de cour d’assises, de 9h du matin à pas d’heure le soir, assistant à un procès exceptionnel par son nombre d’accusés, son nombre d’avocats, son nombre de témoins et sa durée qui couvrit la dernière session de la Cour d’assises de l’année 2008. Ce fut un grand plongeon dans plusieurs mondes inconnus : la Justice d’abord, ensuite celui du grand banditisme français, la prison et ses conditions de vie douteuses, durcies au fur et à mesure des allongements de peines, et enfin la France, avec ses jurés, hommes et femmes que je n’aurais jamais rencontrés si je n’avais été tirée au sort. Ce fut encore un grand écart avec mon quotidien, ma vie professionnelle, ma famille, mes amitiés, mes engagements, et les informations du monde. La tempête s’abat sur le pays, les grands banquiers jouent les escrocs, de plus en plus de Français dorment dans la rue. Et le juré, lui, ne pense qu’à ce qui va se jouer dans l’enceinte de la cour d’assises, quel accusé délivrera des bribes d’informations concernant les faits, quel témoin mentira effrontément à la barre, quelle bourde sera lancée par l’un ou l’autre des avocats ou des magistrats ou quelle question perverse sera posée par l’un ou l’autre des interlocuteurs.
Je dirai comme André Gide, qui, en 1912, écrivit ses Souvenirs de la cour d’assises (1), « écouter rendre la justice et la rendre soi-même, ce n’est pas la même chose. » D’autant plus qu’à l’occasion de cette expérience hors du commun, on découvre les méandres pernicieux d’une justice susceptible de dysfonctionner.

Maryse Wolinski...

(1) Le juré supplémentaire a les mêmes devoirs et les mêmes droits que le titulaire. Seule différence : il ne participe pas aux délibérations et donc ne statue pas sur la peine.

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