27.03.2009
Taslima Nasreen
Taslima Nasreen, femme de lettres bangladaise née le 25 août 1962 à Mymensingh au Bangladesh.
Taslima Nasreen fait campagne pour l'émancipation des femmes et contre l'oppression des minorités non-islamiques dans les sociétés islamiques telles que son pays d'origine, le Bangladesh.
Issue d'une famille aisée et cultivée, elle a fait des études de médecine spécialisées en gynécologie et a exercé dans un hôpital public dès 1986.
Menacée par des fondamentalistes islamiques à la suite de la publication de son premier roman Lajja (La Honte), dénonçant l'oppression courante de la communauté hindoue au Bangladesh, elle a été obligée de quitter son pays en août 1994 et de s'installer en Suède. En juin 1995, elle choisit d'habiter à Berlin. Depuis elle habite à Stockholm, New York (où sa sœur réside), et surtout Kolkata, la capitale de l'État indien du Bengale occidental, où elle tente d'obtenir la nationalité indienne, qui lui est refusée.
En mars 2007, sa tête a été mise à prix par un groupe islamiste indien. La prime pour sa décapitation est de 500 000 roupies (environ 9 000 €).
Fin novembre 2007, elle est forcée de fuir Kolkata, à la suite de violentes manifestations contre sa présence. Dans les jours suivants, elle est exfiltrée de ville en ville sous la pression de groupes islamistes qui veulent la voir expulser du pays ou assassiner pour avoir tenu des propos blasphématoires contre l'islam. Le 28 novembre, le ministre des Affaires étrangères indien, Pranab Mukherjee, promet que son pays protègera l'écrivaine. Les services secrets indiens la sortent alors de New Delhi pour l'amener dans un lieu tenu secret.
Elle estime à présent que l'exercice de la médecine lui sera définitivement impossible.
Mi-février 2008, elle obtient la prolongation de son visa indien pour six mois, jurant que l'Inde était devenu sa seconde patrie et refusant de venir à Paris pour recevoir le prix Simone-de-Beauvoir qui venait de lui être décerné.
Le 19 mars 2008, elle est obligée de se réfugier définitivement en Europe où elle avait déjà été contrainte en 1994 de trouver refuge après avoir été accusée de blasphème par des musulmans radicaux en Inde. La veille, elle avait affirmé que « le gouvernement indien ne vaut pas mieux que les fondamentalistes religieux ». Elle accuse le gouvernement indien d'avoir tenté de la faire tuer par empoisonnement en lui fournissant des médicaments qui ne lui convenaient pas pour son hypertension après l'avoir fait retirer de l'hôpital où elle était soignée.
Le 21 mai 2008, elle reçoit le Prix Simone-de-Beauvoir des mains de Rama Yade, Secrétaire d'État aux Droits de l'Homme, après avoir rencontré la présidente du mouvement Ni putes ni soumises, Sihem Habchi. Elle est faite citoyenne d'honneur de Paris le 7 juillet 2008.
Alors qu'elle doit faire face à des difficultés financières, la ville de Paris met à sa disposition un logement dans une résidence d'artistes de la capitale qu'elle pourra occuper à partir du mois de février 2009.
_________ Ses oeuvres :
Lajjā : La Honte (selon les éditions), roman. Paris : Stock, coll. « Nouveau cabinet cosmopolite », 1994. 286 p. Traduit du bengali par C. B. Sultan, d'après Lajjā.
Lieux et non-lieux de l'imaginaire, choix de poèmes. Co-édition, Arles : Actes Sud, coll. « Babel » 119 ; Paris : Maison des cultures du monde, coll. « Internationale de l'imaginaire. Nouvelle série », n° 2, 1994. 131 p.
Femmes, manifestez-vous !. Ed. Des femmes, 1994. 105 p. Traduit du bengali par Shishir Bhattacharja et Thérèse Réveillé, d'après Nirbachito column.
Une autre vie : poèmes. Ed. Stock, coll. « Nouveau cabinet cosmopolite », 1995. 143 p. Traduits du bengali et adaptés par France Bhattacharya et André Velter.
Un retour ; suivi de Scènes de mariage, récits. Ed. le Grand livre du mois, 1995. 341 p. Traduits du bengali par Pralay Dutta Gupta et Paul Ray, d'après Fera.
l'Alternative ; suivi de Un destin de femme : récits. Ed. Stock, coll. « Nouveau cabinet cosmopolite », 1997. 263 p. Traduit du bengali par Philippe Benoît, d'après Aparpaksha et Bhramar kaiyo giya
Enfance, au féminin. Ed. Stock, coll. « Nouveau cabinet cosmopolite », 1998. 457 p. Traduit du bengali par Philippe Benoît, d'après Amar meebela.
Femmes : poèmes d'amour et de combat. Ed. Librio, n° 514, 2002. 94 p. Traduits de l'anglais par Pascale Haas, d'après All about women ; avec une préface de Danielle Charest.
Vent en rafales, récit. Ed. P. Rey, 2003. 379 p. trad. du bengali par Philippe Daron, d'après Utal hawa.
Œuvres écrites en anglais ou traduites en anglais (à reclasser) :
Meyebela (My Bengali Girlhood - A Memoir of Growing Up Female in a Muslim World)
The Game in Reverse (Poèmes)
__________ Prix & Récompenses
1991 : Ananda Literary Award.
1994 : Prix Sakharov pour la Liberté de Pensée (remis par le Parlement européen).
10 décembre 2007 : Prix des Droits de l’homme de la République française - Liberté - Égalité - Fraternité décerné par la Commission nationale consultative des droits de l'homme
2008 : Prix Simone de Beauvoir pour la liberté des femmes
15:20 Publié dans Femmes & Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : maryse wolinski, inde, femme, politique, littérature, journalisme, rencontre, écriture, féminisme, histoire
26.03.2009
Mayawati, une impératrice des intouchables controversée
Les partis politiques traditionnels n’ont pas accueilli avec beaucoup de joie l’irruption d’une nouvelle politicienne sur la scène indienne. Pour la troisième fois consécutive, Mayawati Kumari a été élue à la tête de l’un des plus vastes Etats de l’Union indienne, l’Uttar Pradesh. Un séisme d’autant plus violent que l’élue est issue de la caste la plus basse, celle des dalits, les intouchables. Les très nombreux dalits qui composent la population de l’Etat ont soutenu massivement sa candidature. Son programme de promesses aux plus démunis a séduit. Et désormais ses ambitions politiques franchissent les frontières de l’Etat. La princesse des dalits veut conquérir le pays tout entier, on lui propose des alliances, mais au faîte de sa gloire, elle prétend désormais amener les intouchable à la tête de l’Inde sans l’aide de personne.
La région du sud de l’Uttar Pradesh, le Bundelkhand, cumule misère, absence d’infrastructures, calamités climatiques. Les castes les plus basses et les populations tribales constituent une part importante des habitants de la région. Et la base de l’électorat de Mayawati.
Mais depuis son élection la situation ne s’est pas améliorée. Ni pour les femmes, les plus touchées par la misère, ni pour les dalits en général. Les pauvres se sont appauvris, une sécheresse sans précédent a conduit les fermiers de la région au pire désespoir. Le bétail a disparu, les plantes ont crevé, la terre a brûlé. Les puits ont pour la plupart versé leurs dernières larmes. L’Etat n’a pas su alléger les souffrances des désespérés, les quelques mesures compensatoires décidées l’ont été trop tard, et surtout se montrent insuffisantes.
Dans un bourg du district de Chitrakoot, au coeur du Bundelkhand, le comité des femmes intouchables organise sa réunion. Elles ont unis leurs forces et s’aident mutuellement. Elles versent chaque mois une petite somme d’argent qui leur permet ensuite d’envisager des projets de développement commun. Du gouvernement, elles n’attendent pas grand-chose : « Nous avons voté pour Mayawati il y a deux ans, et depuis nous suivons ses progrès électoraux, mais ici, quel que soit le parti au pouvoir, nous ne voyons rien changer. » Elles ne baissent pas les bras pour autant et ont décidé de prendre en mains les destinées de la communauté. « Nous ne devons compter que sur nous-même pour améliorer notre sort. Officiellement, nous ne sommes plus discriminés, mais dans les faits c’est tout différent, on nous maintient à l’écart des instances du pouvoir, des postes gouvernementaux, la loi est de notre côté mais la misère aussi. »
Mayawati ne manque aucune occasion pour rappeler qu’elle appartient à la communauté des dalits et que, pour cette raison, elle peut mieux que les autres politiciens défendre leurs intérêts. Pour son anniversaire, elle organise chaque année une immense collecte, les dons arrivent de tout le pays, des rivières d’argent coulent vers son compte en banque. Elle serait la femme la plus riche d’Inde, et les allégations de corruption courent ; elle dément en expliquant que ses supporters ont tant d’affection pour elle qu’ils sont prêts à emprunter de l’argent pour lui rendre la vie dorée, quel succès ! Mais en termes de réalisations politiques, il y a loin de la coupe aux lèvres.
Selon les statistiques nationales, dans l’Uttar Pradesh, les intouchables constituent 21% de la population, parmi lesquels le taux d’alphabétisation est de 60% pour les hommes et de 30% pour les femmes ; beaucoup moins bien que la moyenne nationale qui donne pour les intouchables un taux de 66% d’alphabétisation pour les hommes et de 42% pour les femmes. Mayawati ne peut plus fermer les yeux sur la réalité : durant ses mandats successifs, elle n’a pas répondu aux attentes des plus pauvres.
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23.03.2009
Inde : le "gang" des femmes en saris roses
En juillet 2008, en Uttar Pradesh, des justicières battent la campagne pour combattre l’injustice sociale, en particulier celle commise à l’encontre des femmes, systématiquement discriminées.
Dans la poussière du centre du village, une dizaine de vieilles femmes attendent à l’ombre d’un large banyan leur ordre de mission. Habillée tout de rose, elles appartiennent au Gulabi gang, le gang rose. A sa tête, une femme de poigne, Sampat Pal Devi. Elle a convoqué quelques-unes de ses militantes pour faire un coup de force auprès d’un propriétaire indélicat qui s’est illégalement arrogé des droits sur les terrains communaux. "On nous exproprie avec l’aval de l’administration locale complice, la police ne nous a pas écoutées, heureusement Sampat et son gang ont remué ciel et terre pour nous aider."
Une bande de paysannes
Depuis deux ans, Sampat Pal bat la campagne de l’Etat indien de l’Uttar Pradesh et traque l’injustice. En premier lieu, les injustices faites aux femmes, la violence domestique, la violence sociale. Elle s’est entourée d’une bande de paysannes, issues des castes les plus basses. "Je ne leur demande que de porter un sari rose, signe d’appartenance à notre bande. J’ai opté pour le rose parce qu’aucun parti politique ne l’utilise." La bande constituée de deux cents femmes de tous âges grandit au fur et à mesure que sa popularité s’élargit. "Je veux montrer aux femmes qu’elles peuvent se battre, qu’elles peuvent avoir gain de cause même contre les puissants." En Inde, les femmes occupent une position de second rang et, bien que la Constitution leur garantisse une égalité de droit, dans les faits elles sont systématiquement discriminées.
Sumari Devi campe sur le porche de son ancienne maison, elle dort avec ses quatre enfants sur un châlit bancal sans abri contre les intempéries. Son mari a disparu depuis un an et demi, en fugue, ou tué peut-être. Peu après la disparition, Sumari, faute de pouvoir présenter les titres de propriété adéquats, est chassée de sa maison par des voyous à la solde du propriétaire. Sampat lui est venue en aide, en pourvoyant de la nourriture et quelques roupies. Surtout, elle a porté le cas devant les autorités locales. "Au début, la police ne m’a pas écoutée, grâce à Sampat, ils ont fini par accepter d’enregistrer ma plainte."
Bien souvent, les femmes ne peuvent faire entendre leur voix, Sampat leur a donné un mégaphone. "J’ai réuni des centaines de femmes et nous avons marché sur le commissariat." Symboliquement, elles sont armées de bâtons de bois, les lathis. Plus pour impressionner que pour conduire des actions violentes ; d’ailleurs, jusqu’à maintenant, elles ne les ont jamais utilisés.
Le Robin des Bois des femmes
Dans cette région du sud de l’Uttar Pradesh, les bandits de grands chemins font plus qu’appartenir aux légendes. Les redoutés dacoïts, qui ont terrifié les voyageurs dans l’ancien Empire des Indes et inspiré les auteurs policiers, sévissent encore aux confins boisés de l’Etat. Lorsqu’on parle de ces gangs, la légende prend toujours le pas sur les faits. N’empêche : ils existent bel et bien, habitent le sud de l’Uttar Pradesh, pillent, tuent, rançonnent et rackettent, au grand dam des forces de police. Tokio, un puissant chef de bande tué l’année dernière, s’était forgé une réputation de Robin des Bois : il prétendait n’attaquer que les forces de l’ordre et les riches du pays. Cette tradition de gang a son dernier avatar : celui des femmes en saris roses, le Gulabi gang. Sampat accepte la comparaison, elle se voit un peu comme le Robin des Bois des femmes et des démunis en Inde, mais elle refuse la violence.
Forcée de quitter son village avec son mari, simplement parce qu’elle avait accepté de l’eau des mains d’une intouchable, Sampat a connu l’injustice. Et décidé qu’elle ne se laisserait plus faire. Elle a d’abord essentiellement axé son programme sur l’aide offerte aux femmes, mais l’injustice sociale dans son ampleur l’a décidée à batailler tout azimuts. "Ce qui me révolte le plus, c’est le mauvais usage qui est fait de l’argent public ; cette région est la plus pauvre du pays et plutôt que de combattre la misère, les politiciens ne pensent qu’à s’enrichir. Sans la corruption, il n’y aurait pas autant de pauvreté."
Dans sa permanence, au centre de la bourgade, d’Atarra, Sampat recueille les plaintes innombrables des malheureux qui n’ont d’autre recours possible que le gang. "Les affaires de corruption et d’abus de pouvoir représentent avec la violence domestique l’essentiel des doléances ; si le système judiciaire fonctionnait correctement, ces affaires trouveraient aisément une solution devant les tribunaux, mais ce n’est pas le cas."
Administration défaillante
La liste de ses succès a fait le tour de la localité et des alentours. Et personne ne songe à rire lorsque l’on parle du Gulabi gang. Au contraire, le gang a su forcer l’admiration : "Grâce à lui, nous avons désormais un bout de route goudronnée", se félicite un riverain non loin de la permanence du gang. Pourtant, Sampat voudrait faire plus : "Avec le dixième du budget de l’Etat dans ce district, je pourrais faire dix fois plus que ce qui est réalisé aujourd’hui." Le groupe ne reçoit aucun financement autre que les maigres cotisations de ses membres et, parfois, des dons. Sampat montre ses chaussettes trouées, ses semelles percées : "Si on nous donnait un peu d’argent, je créerais des écoles plutôt que de remplacer mes vieilles chaussures !"
Aux confins de l’Etat, l’administration indienne se montre souvent défaillante ou inexistante. Les routes goudronnées disparaissent et font place à des sentes en terre battue. Les aides destinées aux familles en difficulté, les rations de riz, s’égarent avant de parvenir à ceux qui en ont besoin. En outre, dans ce district, le taux d’alphabétisation compte parmi les plus bas du pays, la moitié des hommes et plus du trois quart des femmes ne savent pas lire ; ils sont absolument démunis face une administration qui abuse de son pouvoir. Bien qu’elle ait fait de l’enseignement et de l’alphabétisation une de ses priorités, Sampat Pat ne pourra pas suppléer seule les carences de l’Etat. En revanche, elle a réveillé les consciences, mis en lumière les inégalités de la société indienne et les dysfonctionnements de l’Etat. Son destin exemplaire pourrait susciter des nouvelles vocations de justicier.
Voir également la tribune des Droits de l'Homme, en cliquant ici !
14:51 Publié dans Femmes & Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : maryse wolinski, littérature, journalisme, rencontre, écriture, féminisme, histoire, actualités
20.03.2009
Invitation par l'alliance
Je suis invitée par l'Alliance Française en Inde pour un programme bien chargé.
Je vais parler de littérature, rencontrer des associations de femmes. Au menu, départ de Paris le dimanche 15 mars. Arrivée à Bombay lundi en milieu de journée. Je vais y rester une semaine. Puis je vais découvrir Goa du dimanche au mardi. Et enfin, de mercredi à samedi je serai à New Delhi.
12:25 Publié dans Agenda | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : maryse wolinski, littérature, journalisme, rencontre, écriture, féminisme, histoire, actualités
13.03.2009
Femme en France, l'état de grâce est pour demain (III)
On le voit, malgré les obstacles, les Françaises tracent leur voie, tout en demeurant les femmes les plus élégantes de l’Europe. La presse anglo-saxonne et notamment celle de Grande-Bretagne l’a récemment confirmé. « Passé 40 ans, écrit une journaliste dans The Gardian, la plupart des Anglaises, et notamment celles implantées dans le monde des affaires, succombent au style « mamie ». De l’autre côté de la Manche, une femme trop apprêtée prend le risque d’apparaître comme superficielle et n’ayant rien d’autre à faire qu’à se parer ». La Française active, passé cinquante ans, voire plus, a tendance à aligner sa garde-robe sur celle de sa fille avec en plus la touche d’élégance héritée de sa mère.
Et les Françaises ne sont pas seulement des femmes engagées, novatrices et élégantes, en plus, elles font des enfants. La France a supplanté l’Irlande et affiche désormais le plus fort taux de fécondité d’Europe. Dans moins de cinquante ans, ce sera le pays le plus peuplé d’Europe. D’autre part, l’espérance de vie progresse avec une parité respectée mais nous savons qu’en la matière, les hommes ont pris du retard. Une belle espérance de vie et un fort taux de natalité, n’est-ce pas le signe d’une nation confiante ? Pas vraiment selon les sondages. Les Françaises se disent peu récompensées de leurs efforts parce que pas assez aidées par l’Etat. La lecture de la presse étrangère révèle qu’ailleurs, ce n’est pas mieux ou plutôt, c’est nettement moins bien. En attendant de faire fondre comme neige au soleil les inégalités et d’obtenir plus de prestations sociales, les Françaises misent sur l’avenir et conjuguent carrière, vie sentimentale et vie familiale. Oui mais quelle vie familiale ? 50% des enfants naissent hors mariage, les couples se forment sans passer devant Monsieur le maire. Ils préfèrent souvent aller se pacser devant le tribunal que de faire bénir leur union dans un lieu de culte.
Discriminée mais déterminée et vigilante, la Française vit la lutte au cœur. Et ça lui réussit.
Maryse Wolinski
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12.03.2009
Femme en France, l'état de grâce est pour demain (II)
A force de combats, les lois évoluent mais les esprits stagnent. L’égalité est toujours pour demain. Si le féminisme n’est pas mort, et connaît des réveils flamboyants avec la génération de la trentaine, - quelques jeunes romancières en tête de liste- le machisme, lui, continue de faire des adeptes. Harcèlement dans la vie professionnelle, violences physiques dans le couple : chaque année, 400 femmes meurent sous les coups de leur conjoint, ou encore violences verbales dans les rues. Les journaux regorgent de ce genre de faits divers. Et les femmes qui veulent contrer ces pratiques archaïques sont montrées du doigt et vouées aux gémonies. Quand Rachida Dati, ministre de la Justice, surnommée « l’Intrigante » par bien des journalistes, (mais combien d’intrigants se sont illustrés en politique) décide de faire un enfant « toute seule », cette histoire devient une affaire d’Etat. Il ne s’agit pas de défendre une personne controversée comme Rachida Dati, mais de se poser des questions sur nos mentalités peu en conformité avec les lois de la République promulguant la liberté, l’égalité, la fraternité et l’évolution des mœurs. Ces mots finissent par ne plus rien signifier tant ils sont bafoués.
Récemment une anecdote rieuse m’a été contée par une amie, l’écrivain Benoîte Groult. Se rendant au Québec, pour le salon du livre, par une compagnie aérienne bien française, elle est informée à son arrivée de la disparition de sa valise. En fait, celle-ci n’a pas quitté l’aéroport parisien.
« Mais comment vais-je faire, questionne mon amie, mes affaires de toilettes sont dans ma valise puisque désormais, on ne peut rien avoir avec soi dans un avion ? »
Il lui est alors offert une trousse dite de « secours ». Benoîte part donc vers son hôtel plus ou moins rassérénée et la trousse fourrée dans son sac. Au moment de la toilette du soir, voilà qu’elle ouvre la trousse et que découvre-t-elle comme contenu ? Une mousse à raser, un rasoir, quelques cotons tiges, un savon et un échantillon d’eau de toilettes pour homme ! L’hôtesse est-elle responsable d’une méprise ? A-t-elle offert à Benoîte une trousse pour hommes au lieu d’une trousse réservée aux femmes ? Non ! La compagnie aérienne n’a pas prévu que des femmes pouvaient elles aussi voyager pour leurs affaires. Le modèle « femme » de la trousse de secours n’existe pas. Benoîte n’a pas hésité, elle a pris sa plume acérée et a écrit au président de la compagnie : celui-ci ne lui a jamais répondu. Une lettre administrative lui est parvenue l’informant qu’on lui avait offert en échange quelques miles !
Si les mentalités masculines coincent, les femmes françaises, elles, continuent leur marche en avant. Le monde des affaires jouent encore la discrimination, les femmes créent leurs propres entreprises. Elles imaginent des incubateurs, comme Paris-Pionnières, dont l’objectif est d’accompagner les projets portés par des femmes et de leur donner les moyens de leur ambition. Elles militent au sein de réseaux ou par le biais d’associations, telle Femmes Business Angels, sorte de tuteurs pour lancer les créations, les suivre dans leur cheminement, soutenir une aide financière, ou Femmes 3000, les femmes du troisième millénaire, dont la commission entreprise recueille les idées de femmes qui ne supportent plus de voir leur carrière entravée par le fameux « plafond de verre », cette frontière invisible qui, à compétences égales, les empêche de franchir les postes des conseils de direction et génère un grand écart entre les salaires des hommes et les leurs.
Maryse Wolinski
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11.03.2009
Femme en France, l'état de grâce est pour demain (I)
Janvier 2009 : le gouvernement français diminue de 42% le montant de subventions affecté au Planning familial. Une année qui commence mal pour les Françaises. L’Etat se désengage donc de ses missions d’information, d’éducation et de prévention dans les domaines de la sexualité et de la vie affective. Missions affirmées dans la loi Neuwirth, cette fameuse loi sur la contraception votée en 1967 et dont les décrets mirent quelques cinq années à être publiés. Aujourd’hui, prenant prétexte de la crise, le gouvernement français marque son désintérêt pour les pratiques d’accueil et de conseil indispensables à une société de plus en plus marquée par la violence.
Chaque année, 450.000 personnes bénéficient des actions du Planning Familial au sein de ses 70 associations. Que va-t-il se passer si la plupart sont contraintes de fermer par carence de subventions ? C’est pourquoi le 8 mars, journée mondiale de la femme, cette année, les Françaises ont marché pour le rétablissement de ces droits essentiels. Symboliquement, à Paris, le cortège est parti des locaux du Planning Familial et nombreuses sont les Françaises, des féministes et d’autres, qui ont défilé sur le pavé parisien et en province, avec un seul espoir : en finir avec la discrimination et les inégalités.
La création en France, dès les années 80, d’un Observatoire de la parité, pôle d’information sur la situation des femmes, doté d’une fonction de promotion de l’égalité entre représentants des deux sexes, n’a pas vraiment changé la donne.
Si des lois ont été votées, en nombre depuis 2000, elles demeurent trop souvent des textes signés sur des parchemins. Les deux exemples qui suivent sont la preuve d’une égalité de principe, non réalisée dans les faits. Ainsi, la loi du 23 mars 2006, relative à l’égalité salariale, - cette fameuse égalité sur laquelle j’ai écrit en tant que journaliste dans les années 70 – devait renforcer les moyens en vue de supprimer les écarts de rémunération. Résultat : aujourd’hui encore, à compétences égales, l’écart salarial demeure. Il est de 20% et plus on grimpe dans la hiérarchie des cadres et plus il s’avère important.
Quant à la loi du 6 juin 2000, contraignant les partis politiques à présenter un nombre égal d’hommes et de femmes lors des élections au Sénat comme à la députation, les différents scrutins qui ont eu lieu ont démontré que les dispositions de la loi ne sont que des vœux pieux. A preuve, lors des élections sénatoriales, les partis ont choisi d’investir plus de 77% d’hommes et ont donc continué à adopter des stratégies discriminatoires. Les grandes déclarations de principe sur les valeurs françaises d’égalité entre les sexes sont médiatisées à outrance lors des rassemblements politiques mais toujours démenties dans les faits.
Maryse Wolinski
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10.03.2009
Vers la fin du Planning Familial ?
L’annonce de la baisse des subventions étatiques pourraient entraîner la fermeture d’un tiers des quelque 70 associations départementales du Mouvement français du Planning Familial.
Comment en sommes-nous arrivés là ? Comment est-il possible de voir une telle institution qu’est le Planning Familial annoncer que ses portes vont fermer ? Comment ne pas crier au scandale ?
Un peu d’histoire :
Il faut remonter en 1956 pour comprendre les prémisses du planning familial. En 1956, l’association « Maternité heureuse » se crée. Elle a pour principal objectif de proposer la contraception en France et de faire modifier la loi de 1920 qui l'interdit et ainsi de limiter le nombre d’avortement clandestin. Quatre ans plus tard, le nom de l’association est modifié, au cours d’une assemblée générale. Désormais apparaît le sous-titre "Mouvement français pour le Planning Familial ". En 1961, dans l’illégalité la plus totale, les premiers centres d’accueil s’ouvrent au public. Chacun de ces centres révèlent l’étendue de l’ignorance concernant les comportements et les pratiques sexuels. En 1971, le planning familial est agrée mouvement d’éducation populaire. Chaque lieu d’accueil est plus qu’une nécessité, c’est un lieu de santé publique. A l’issue du Congrès de 1973, le planning décide de pratiquer illégalement des interruptions de grossesse pour créer un état de fait face à l'inertie générale persistante. Cinq ans après le vote de la loi autorisant la contraception, les décrets d'application paraissent enfin au Journal Officiel.
L’histoire du Planning Familial va de paire avec l’histoire du droit des femmes. Il est le lieu des libertés difficilement acquises. Depuis 1956, il symbolise les luttes en proposant une "qualité d'écoute et de transmission générationnelle de femmes".
Fin de subventions :
A l’annonce de la réduction de 42% du montant au conseil conjugal et familial, le 29 janvier dernier, le planning Familial a mis en place une pétition pour "défendre le droit à l'information, à l'éducation à la sexualité pour tous". Réaffirmant ainsi sa mission de service public (qu’il exerce depuis plus de cinquante ans), il montre que plus d’un tiers de ses associations vont devoir fermer et qu’en 2010, l'enveloppe budgétaire sera purement et simplement supprimée. Quels seront les impacts d’une telle décision ? Comment une telle chose peut-elle se produire envers une mission pour le service public ?
Le financement de l'Etat couvre à peine un tiers du coût réel de l'activité des établissements d'information de consultation et de conseil familial (EICCF). En 2007, la somme allouée représentait seulement 1,3 million d'euros. "Cette subvention reste une aide pour le fonctionnement des associations, précise Geneviève Courand, trésorière au Planning Familial, mais n'est pas suffisante".
Chaque association touche 8 euros par heure de permanence. L'enveloppe 2009 est calculée en fonction de ce volume horaire de travail effectué en 2008. Ce qui n'est guère rassurant pour le paiement des salaires des conseillers conjugaux en 2010. "Est-ce ainsi que l'Etat conçoit sa mission de service public ?", s'indigne Françoise Laurant, présidente du Planning familial. N’est-ce pas, en effet, le rôle de l’Etat que de veiller (depuis les décrets d'application de la loi Neuwirth en 1967), sur l'éducation à la vie, au droit à la sexualité pour toutes les femmes, en aidant financièrement les associations agréées ?
En 2008, Claire Simon a sorti le film les bureaux de Dieu. Au cœur de ces bureaux du planning familial, nous suivons les histoires croisées de ces femmes (jeunes et moins jeunes), des conseillères également. Chacune donne les informations nécessaires pour vivre une liberté sexuelle. Sexualité, IVG, contraception, violences, tous les thèmes sont abordés par les conseillères du planning. Dans les bureaux de Dieu : on rit, on pleure, on est débordées. On y danse, on y fume sur le balcon, on y vient, incognito, dire son histoire ordinaire ou hallucinante.
Quelque 420 salariés sont mobilisés sur "l'information, l'accueil, l'écoute, l'éducation à la sexualité" et reçoivent environ 450 000 personnes chaque année. Une mission sur la contraception que la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot jugeait encore prioritaire en 2007.
Accédez au site du Planning Familial en cliquant ici !
Signez la pétition en cliquant là !
09:29 Publié dans Point de vue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : maryse wolinski, actualités, coup de gueule, sarkosi, genestar, politique, économie, journalisme, finance, diplomatie













