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15.07.2008

Pulsion sarkosienne

3efa0e596a080830d64dbc47afde2aae.jpgPour l’heure, sur ce blog, il n’a jamais été question de politique. J’ai raconté des faits littéraires, chroniquant ma vie, mes activités, mes livres, et ceux des autres. Un blog, c’est comme un journal, avec une part d’intimité en moins.
Voilà qu’aujourd’hui, je saute le pas. Non pas à cause d’une actualité scandaleuse, alimentée chaque jour*, non, à cause d’un livre, un petit livre bref, sorti il y a quelques jours aux éditions Grasset, et qui me fait réagir : Expulsion.
« Expulsion » raconte comment son auteur, Alain Genestar a été viré de son fauteuil de directeur de Match. J’avoue qu’au début, j’étais sceptique sur le contenu du récit et même sur l’opportunité d’une telle sortie. Tenu à la confidentialité, l’auteur ne pouvait qu’effleurer un sujet déjà rebattu. A la lecture, j’ai changé d’avis. Sous les mots, derrière les phrases de son auteur, et au delà de sa propre histoire de licenciement, se glisse une réalité : celle d’une France qui se déshumanise sous la houlette d’un personnage, jouant à être roi, sous nos yeux pas encore assez écarquillés.
Qu’a fait ce malfrat de Genestar ? Tout simplement son travail de directeur de Match : publier en couverture de son journal une photo de Cécilia, à l’époque encore, Sarkosy, en compagnie de son amant, Richard Athias. Bon, ça intéresse qui ? Justement les lecteurs de Match. Comme les lecteurs du Times qui a publié le reportage photo sur ce sujet dans son édition du dimanche. Le grand Daniel Filipacchi de confirmer : « Vous avez eu raison, a-t-il dit à Genestar, je me demandais quand vous alliez publier cette histoire. » Et Filipacchi de bien connaître et les objectifs du journal et son lectorat.
Reste que celui qui n’était pas encore roi, mais ministre de l’Intérieur, et un ministre qui ne pensait qu’à être roi, et à couper des têtes, s’est payé celle du patron de Match. Facile ! Il s’est fait l’ami de l’ensemble des industriels qui, désormais, tiennent en main la presse française. Il a suffi d’un coup de fil et Genestar avait tout perdu, bien sûr son job, mais aussi, ce qui va avec, notamment une certaine reconnaissance ou plutôt une notoriété. Après lui, un certain nombre de têtes sont tombées. Sur la matinale de France-Culture, un vendredi, l’excellente Caroline Fourest en a dressé la liste. Et ce n’est qu’un début.
Du jour au lendemain, conformément aux mœurs Parisiennes, le bel Alain Genestar était passé au rang des anonymes. Depuis, il rasait sa femme avec cette histoire. Maintenant qu’il l’a expulsée de son cerveau, le voilà plus tranquille, et sa femme libérée. Quant au lecteur, s’il sait lire entre les lignes, il sera peut-être un peu plus réveillé, plus rebelle face à une actualité quotidienne qui, chaque jour, monte d’un créneau.
En ce moment, il y a du monde partout, sur les trottoirs ensoleillés, à la terrasse des cafés bondés, dans les gares, dans les boutiques en soldes, mais personne en librairie. Seul endroit où l’on respire. Profitez-en pour acheter Expulsion.


* Monsieur Guéant, conseiller du Président, se permet de décider en public, à la télévision, du sort de Patrick de Carolis, le patron de France-télévision. Sans en avertir le CSA…