« Valérie Blanchot-Courtois, la rebelle | Page d'accueil | Mardi 22 avril - Rendez-vous à Sophia Antipolis »
08.04.2008
Générations 68
Le 3 mai 1968, jour de mon anniversaire, j’étais une jeune journaliste stagiaire en reportage en Allemagne sur les pas des compagnons de Rudi Dushke. Plusieurs confrères d’une association de journalistes m’accompagnaient dans ce qui représentait pour moi, le premier reportage à l’étranger. Il y avait entre autres : Yvan Levaï et Albert du Roy. Le voyage fut inoubliable parce qu’il me permit de saisir une jeunesse en totale ébullition. Rebelles étaient ces jeunes que j’interviewais, rebelle comme je l’étais moi-même, une rébellion bien dissimulée mais qui ne demandait qu’à exploser.
Une fois rentrée en France, Paris était sous les barricades. Le Journal du Dimanche qui m’employait, m’envoya voir de plus près ce qui se passait. Un soir, je me retrouvais, par hasard en compagnie de Yvan Levaï, dans la fumée des bombes lacrymogènes. Je me souviens avoir éprouvé un étrange sentiment de totale impuissance, de frustration immense de ne pouvoir rédiger l’article qui venait directement sous ma plume. Le journal auquel je collaborais avec à sa tête, à l’époque, un directeur de la rédaction très à droite, attendait de moi un simple récit des événements, un récit d’une grande neutralité. Je souhaitais au contraire dire mon impatience de voir craquer cette société obsolète dans laquelle nous vivions encore.
Quelques mois plus tard, je rencontrai l’un des acteurs de Mai 68 : le dessinateur de presse, Wolinski. Il venait d’être embauché pour dessiner à la Une du journal : un dessin éditorial au dessus duquel était inscrit : Je conteste. Très vite, je me laissais foudroyer par cet homme qui me tombait du ciel révolutionnaire. Juif, de gauche, déjà deux petites filles et veuf. Pour ma famille, le contraire du fiancé idéal. Enfin, j’allais transgresser l’ordre familial !
Dans le très beau document de Simon Brook, Générations 68, écrit par Simon Brook, Henri Weber et Josie Milesevic, produit par Fabienne Servan-Schreiber, Wolinski s’exprime aux côtés de Jean-Claude Carrière, Henri Weber, Milos Forman, Vaclav Havel, Peter Brook… Des personnalités emblématiques de cette période. Ils nous disent tous que la révolution de mai 68 ne fut pas seulement politique et sociale mais aussi culturelle. Qu’elle a bouleversé les mœurs, les mentalités, les sensibilités. De San Francisco à Prague, en passant par Londres et Paris, une nouvelle façon de penser s’est inventée en même temps qu’une nouvelle culture.
Ce très beau film, produit par Arte, Cinétévé et Ina, sera diffusé le jeudi 24 avril à 22h30, sur Arte.
13:55 Publié dans Point de vue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Mai 68, film, Maryse Wolinski, Histoire, Journalisme, politique, rencontre
Commentaires
Je découvre votre blog.
Une intimité partagée, une passion pour l'écriture que vous transmettez à chaque note.. C'est un réel plaisir de vous lire.
Ecrit par : Stella | 21.04.2008







