09.02.2008
Penthésilée : Foudre d’amour
Choisit-on d’aimer ? L’amour comme le désir s’abattent sur nous comme les virus les plus dangereux. Je ne partage pas l’idée de Julien Gracq, pour lequel j’ai toujours eu une grande admiration, de déclarer dans une sublime préface à l’œuvre de Heinrich von Kleist, Penthésilée, que cette pièce ne signifie rien avec précision et que "l’on perdrait son temps à cerner son message". Kleist s’affronte, ici, au drame de cette foudre d’amour. Qu’advient-il lorsque l’on tombe amoureux ? Que pouvons-nous faire par amour et peut-on mourir d’amour ?
Chez Kleist, c’est Achille qui meurt d’amour. Dans la mythologie rapportée par Homère, c’est Penthésilée. Insolite audace de l’auteur allemand. Ce qui fait, pour moi, que le chef d’œuvre de Kleist est des plus contemporains, même s’il a été écrit en plein dix-neuvième siècle romantique.
Qui est Penthésilée ? La toute jeune reine des Amazones, ces femmes qui ont fondé un état de femmes et érigé des lois les protégeant des hommes, après avoir été envahies par l’armée du roi éthiopien Vexoris, avoir vu exterminer leurs hommes, avoir été elles-mêmes violées. Pour maîtriser la puissance de l’arc, elles ont mutilé leur sein droit. Mythe sublime.
Sur fond de guerre de Troie, le champ de bataille oppose les Grecs aux Troyens. Les Amazones, elles, préparent « la fête sacrée des roses », celle où, après avoir capturé les guerriers les plus valeureux, elles pourront se reproduire, avec toutefois l’interdiction et de les choisir et de tomber amoureuses. C’est justement sur le champ de bataille que Penthésilée, l’arc bandé, rencontre Achille. Tandis qu’ils combattent, tous deux sont assiégés par une passion folle qui ne doit pas rester impossible. Le vainqueur est Achille, ce que Penthésilée ne peut savoir, s’étant évanouie après une chute de cheval. Déesse mais aussi femme en conflit avec elle-même, Penthésilée veut aimer sans remettre en question les règles des Amazones. Elle veut Achille, elle ne se regardera pas souffrir, elle l’aura. De son côté, Achille, atteint par une rafale de passion, joue le captif, et ira, lui aussi, jusqu’où son cœur le conduira. Envers et contre leurs camps respectifs, les deux amants ont soif d’absolu. Le champ de bataille est tel un lit bouleversé où se joue le duel inexpiable de l’amour. Quand Penthésilée découvre la supercherie d’Achille, elle le tue. La mort devient amie de l’amour. Elle sera délivrance. Les sentiments amoureux ne sont que tourments.
Le texte magnifique de Kleist, qui dit beaucoup de son auteur dont on sait qu’il tua la femme aimée avant de se suicider, traduit ici par Ruth Orthmann et Eloi Recoing, est servi par les acteurs généreux de la Comédie française. Léonie Simaga joue une Penthésilée en proie à une délirante et déchirante passion. Juste à mon goût, un peu trop mélo, mais néanmoins, elle sait entraîner le spectateur dans ce que Gracq a qualifié « d’immense coucher de soleil sanglant ».
Penthésilée, à la Comédie Française, salle Richelieu, jusqu’au 1er juin.
23:50 Publié dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Théâtre, Comédie Française, Maryse Wolinski, littérature, journalisme, culture
















Commentaires
Il y a -tellement- à dire sur l' AMOUR... en tout cas, merci pour l'info et la découverte, si j'peux, j'irai bien voir cette pièce...
Écrit par : alienamour | 17.02.2008
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