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14.01.2008
Simone de Beauvoir aurait cent ans aujourd’hui
Un colloque de trois jours, qui a réuni spécialistes de la question féministe, journalistes culturels du monde entier et fans, lui a été consacré. Un colloque très suivi par la presse… étrangère, mais ignoré de notre presse française. En effet, en dehors du communiqué de presse publié par l’ensemble des journaux quelques jours avant le colloque, aucun commentaire, pour l’heure, n’a alimenté les pages de nos quotidiens. En revanche, la photo d’une Simone de Beauvoir nue dans la salle de bains de Nelson Algren et nouant ses cheveux en chignon, utilisée scandaleusement par Le Nouvel Observateur pour vendre son numéro consacré à Beauvoir, a été reprise par Le Monde 2, dans ses pages « archives ». La veille, au colloque, Josyane Savigneau, journaliste au Monde, s’était plainte du mauvais traitement d’un commentaire que Geneviève Brisac avait envoyé à son journal, commentaire destiné aux pages Forum et qui avait été publié dans le courrier des lecteurs ! Sans doute, Josyane, qui avait parlé de ces pages « archives » en fabrication, n’était-elle pas informée de la parution de cette photo. Le Deuxième sexe a été publié en 1949, cinquante-neuf ans plus tard, nous en sommes encore là !
J’ajouterai que si la photo a été retouchée à la Une de l’Obs, elle ne l’a pas été par Le Monde. Pauvre Simone, elle doit se retourner dans sa tombe. Mais qui a vendu la photo ? Sans doute pas Sylvie Le Bon-de Beauvoir, sa fille adoptive. On ne pourrait pas le croire.
En 1949 donc, Simone de Beauvoir obtient la consécration en publiant Le Deuxième Sexe. Le livre se vend à plus de 20 000 exemplaires dès la première semaine, occasionne la publication des articles contradictoires de Armand Hoog (contre) et de Francine Bloch (pour) dans la revue La Nef, et fait scandale au point que le Vatican le mette à l'index. François Mauriac, l'ennemi de toujours, écrira aux Temps modernes , la revue fondée entre autres par Sartre et Beauvoir : « A présent, je sais tout sur le vagin de votre patronne ».
Beauvoir devient la figure de proue du féminisme en décrivant une société qui maintient la femme dans une situation d'infériorité. Son analyse de la condition féminine à travers les mythes, les civilisations, les religions, l'anatomie et les traditions fait scandale, et tout particulièrement le chapitre où elle parle de la maternité et de l'avortement, assimilé à un homicide à cette époque. Quant au mariage, elle le considère comme une institution bourgeoise aussi répugnante que la prostitution lorsque la femme est sous la domination de son mari et ne peut en échapper. Le deuxième siècle devient la bible des femmes qui feront 68 et militeront dans les années soixante-dix pour la conquête d’une liberté pas encore vraiment acquise.
En 1954, elle obtient le prix Goncourt pour Les Mandarins et devient l'une des auteures les plus lues dans le monde. Ce roman qui traite de l'après-guerre met en lumière sa relation avec Nelson Algren, toujours à travers des personnages imaginaires. Algren ne peut pas supporter le lien qui unit Beauvoir à Sartre, celle-ci ne pouvant y mettre un terme, ils décident de rompre. Entre temps, ils se sont écrits 300 lettres qui seront publiées après sa mort.
À partir de 1958, elle entreprend son autobiographie où elle décrit son milieu bourgeois, les préjugés et les traditions avilissantes, les efforts pour en sortir en dépit de sa condition de femme. Elle décrit aussi sa relation avec Sartre en la qualifiant de totale réussite. Pourtant, bien que la relation qui les unit soit toujours aussi passionnée, ils ne sont plus un couple au sens propre du terme, et ce depuis longtemps, même si Beauvoir laisse entendre le contraire à ses lecteurs.
En 1964, elle publie Une mort très douce qui retrace la mort de sa mère. D'après Sartre, c'est son meilleur écrit. Le thème de l'acharnement thérapeutique et de l'euthanasie y sont évoqués à travers des lignes poignantes d'émotion. Dans cette épreuve de deuil, elle est soutenue par une jeune fille dont elle a fait la connaissance à la même époque : Sylvie Le Bon, une jeune étudiante en philosophie. La relation qui unit les deux femmes est obscure : relation « mère-fille », « amicale », ou « amoureuse »... Simone de Beauvoir déclare dans Tout compte fait, son quatrième tome autobiographique, que cette relation est semblable à celle qui l'unissait à Zaza cinquante ans plus tôt. Sylvie Le Bon devient sa fille adoptive et héritière de son œuvre littéraire et de l'ensemble de ses biens.
L'influence de Beauvoir, associée à Gisèle Halimi et Elisabeth Badinter, a été décisive pour obtenir la reconnaissance des tortures infligées aux femmes lors de la guerre d'Algérie et le droit à l'avortement. Elle est à l'origine du Manifeste des 343. Avec Gisèle Halimi, elle a cofondé le mouvement Choisir, dont le rôle a été déterminant pour la légalisation de l'Interruption volontaire de grossesse. Beauvoir ne s’est pas contentée d’apporter son soutien à la cause des femmes uniquement par l’écriture, elle a souvent été sur le terrain, auprès des militantes. Et elle s’est toujours définie comme une « féministe au quotidien ».
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11:45 Publié dans Femmes & Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Actualité, Maryse Wolinski, Simone de Beauvoir, colloque, femme, histoire, féminisme







