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23.11.2007

Les tribulations d’un titre...

Les tribulations d’un titre, d’une illustration de couverture, d’un roman… et de moi-même...

La semaine passée, je publiais dans ce blog que mon prochain roman sortirait, en février prochain, aux éditions Albin Michel, mon éditeur attitré depuis quinze ans. Quinze ans, six romans et quatre essais plus tard…
Un long processus d’exaspération a pris fin. Les textes de mes romans n’ont jamais vraiment posé de problème à mon éditeur, en revanche les titres et les illustrations de couverture, ont tous été à l’origine de combats… perdus. Résister n’était pas mon fort.
La semaine dernière, pourtant, je suis entrée en résistance. Le titre, Générique de fin, qui m’avait accompagnée tout au long de l’écriture, presque trois années complètes, avait été abandonné pour : Sortie de scène. Puis il y eut une réunion en présence du service commercial de la maison d’édition. Jugé trop négatif, Sortie de scène fut abandonné à son tour. Et d’une liste de 14 titres que je présentais une semaine plus tard, il fut décidé que ce serait La mère qui voulait être femme. Un titre qui me plaisait avec son petit côté provoc.

Les épreuves du texte étaient corrigées et prêtes à être envoyées à l’impression quand je reçus des essais d’illustrations de la jaquette de couverture. L’une d’entre elles, particulièrement réussie, collait au roman et avait toutes les qualités que j’attendais d’une illustration. Je la choisis sauf que, une réunion commerciale plus tard, une autre illustration bien moins élégante était élue comme la meilleure. Ce n’était pas la première fois que je contestais le choix de mon éditeur mais jusque là, je n’avais donc jamais obtenu gain de cause. Fallait-il encore accepter ?
Pendant tout un week-end, je m’interrogeais sans en dire mot à mes proches. Une idée germait en moi mais aurais-je le courage de la réaliser ? Rompre n’est pas dans ma nature. Cette fois, je devais passer outre. Et heure après heure, j’avais le sentiment que je devais sauver mes personnages avec lesquels j’avais tant vécu pour le meilleur et pour le pire. Mais je voulais que ce soit pour le meilleur.
Ainsi, je m’en fus frapper ailleurs. Une démarche insolite, dans la mesure où le livre allait être imprimé, chez un éditeur tout de suite à l’écoute et enthousiaste. Mon prochain roman sortira donc aux éditions du Seuil, en mars prochain, sous le titre… Une affaire à suivre.

05.11.2007

Eloge du Silence

849680eaafb9a05007c286a3f4132536.jpg Qu’est-ce que le silence ? Seulement le contraire du bruit ? Le silence a des capacités de signifiance multiples, toutes sortes de qualités et de degrés. Et tous les silences ne se valent pas.
Le mot est un emprunt du latin classique : silentium, dérivé de silere, être silencieux, taire ou se taire. Parfois, il prend plutôt le sens du mot latin tacere, qui signifie garder le silence sur quelque chose ou quelqu’un, ne pas dire.


La tradition initiatique du silence que l’on retrouve dans de nombreuses initiations, remonte à l’époque où les livres étaient inconnus. Qui voulait s’instruire devait d’abord observer, méditer, toujours se taire. Le langage philosophique n’était pas encore formé et pour exprimer des concepts, les mots faisaient défaut.
Les apprentis tailleurs de pierres du Moyen Âge s’engageaient à servir un maître pendant 7 années. Ils n’étaient admis aux réunions corporatives qu’à titre d’auditeurs muets. Ils ne prenaient part ni aux débats, ni aux votes, ils s’instruisaient en silence. Plus ils s’instruisaient, plus il devenaient aptes à se faire un jugement.
Ces 7 années d’apprentissage dans le silence des tailleurs de pierres du Moyen Âge rappellent les 7 années de silence observés par les disciples de Pythagore. 7 années pour aller au devant de la connaissance qui est lumière et sagesse.

5c94b66cbaa9fd871fc9c725dbff25e1.jpgParmi les différents sens du silence, deux me sont apparus comme essentiels et regroupant l’ensemble des subtilités du vocable.
1/ Le silence extérieur est le plus facile à acquérir. Il est abstention volontaire de paroles pour préserver la divulgation d’un secret. Il peut être imposé par un devoir de réserve, une règle monastique ou une initiation. Il recouvre encore d’autres aspects comme la discrétion et l’humilité. Je fais silence pour ne pas m’imposer vis-à-vis de quelqu’un, m’effacer et laisser la parole à l’autre. N’oubliant jamais le « Je sais que je ne sais pas » de Socrate qui rappelle le mot sacré de la franc-maçonnerie : « Je ne sais ni lire ni écrire, je ne puis qu’épeler. »

2/ Le silence intérieur, lui, précède le surgissement de la connaissance, l’émergence de l’ouverture vers la lumière. Il m’inspire tout particulièrement pour l’avoir souvent pratiqué.
Ecrire, c’est se taire. L’écrivain chinois Guan Maye a choisi comme nom de plume : Mo Yan, celui qui ne parle pas. Parler, c’est envahir l’espace. Ecrire, c’est, par la méthode du silence, écouter ce qui parle en soi. Saisir chaque « atome de silence », comme écrit Paul Valéry, qui peut être « la chance d’un fruit mûr. » Ce silence là est celui d’une oasis.
Cependant, on n’y accède pas facilement. Il faut avant taire le tohu-bohu du quotidien, écarter les préoccupations et sollicitations diverses, oublier la dispersion. Cette dispersion qui peut être source de souffrance absolue quand elle génère la stérilité.
Longtemps avant de rencontrer l’écriture, durant la haute enfance, le silence intérieur a été une aide efficace pour me protéger des mœurs et des jugements sexistes du monde et de la famille.
« Ecoutez le silence de votre soeur ! », disait mon père à mes sœurs et mon frère. Il interprétait mon silence comme une sagesse. Je m’imposais cette discipline, ou bien s’imposait-elle à moi, pour résister. Le silence comme outil de résistance. Il s’agissait d’un silence-frontière qui disait ma révolte, mon désir de me démarquer. Etrangère j’étais. Je vivais le silence comme un exil intérieur.
6696cf937f83ede1f8cf884f65998bba.jpgPlus tard, paradoxalement, j’ai choisi de me former à un métier, le journalisme, qui respecte peu le silence. C’est dans le fracas des questions et des réponses que se fait l’information, dans la force et le tumulte des mots et des maux.
Ensuite, je suis revenue au silence par l’écriture de la fiction et de l’essai.
Le silence intérieur est pour moi l’invitation de Maeterlinck dans son très beau texte, Le trésor des humbles. Le trésor des humbles est l’âme présente au fond de l’être, vers laquelle on tend par la discipline du silence.
« Les âmes se pèsent dans le silence, écrit Maeterlinck, comme l’or et l’argent se pèsent dans l’eau pure, et les paroles que nous prononçons n’ont de sens que grâce au silence où elles baignent. »
Maeterlinck avait lu Plotin et notamment sa 4éme Ennéade sur l’âme. Il voulait démontrer que par le retrait en soi, nous atteignons ce « Moi que nous possédons plus profond et plus inépuisable que le moi des passions et de la raison ».
« Rentre en toi-même et regarde », dit Plotin, « et si tu vois que tu n’es pas beau, fais comme le sculpteur qui taille le marbre pour l’embellir ; que ton âme se fasse belle et divine. »
Ce silence là réclame un état intérieur particulier. Il y a comme une sorte de mouvement vers le silence qui fait que l’on y accède.
632ea1622c80cc1460e40db58c886c5e.jpgRepliée dans mon temple intérieur, le silence devient le soutien de mon observation, de ma méditation.
Il m’introduit à la connaissance, flot limpide parce que dégagé des passions. Ces passions que le silence aide à vaincre pour mieux écouter et mieux juger. Entrer dans un état réceptif, c’est encore mettre son corps dans l’obligation du silence, adopter une certaine attitude qui relie le corps à l’esprit.
Le silence n’est jamais néant. Au contraire, il est actif, plein, il m’enrichit. Il développe en moi une qualité d’écoute qui n’est ni somnolence ni inertie.

03.11.2007

Le Maître d'Amour

51e98abf6d607a0531ad365499d1042c.jpeg Après la mort de la femme qu'il a aimée, Lorris imposera à une autre femme de réincarner Mathilde. Elle se pliera à son caprice mais finira par prendre sa revanche.

Le Maître d'Amour de Maryse Wolinski, éd. Flammarion, 1990, 252 pages

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